Médias/Télé

Lundi, de nombreux téléspectateurs découvraient les nouveaux JT de la RTBF - aux allures futuristes et décorés d’une flopée de néons - au sein du nouveau Studio2 du boulevard Reyers. 400 m² (contre 100 m² pour l’ancien studio) exclusivement dédiés aux quatre éditions d’information du service public (le 13h et le 19h30 sur La une ainsi que le 19h et le 12 minutes sur La deux) et au nouveau magazine de conso de La une "On n’est pas des pigeons", enregistré en différé une heure plus tôt, pour laisser la place au JT de 19h diffusé en direct.

Le ton bleu du nouvel habillage définit la nouvelle charte graphique, alors que l’éclairage (rouge pour La une, rose fushia pour La deux), les génériques et les boucles redéfinis, réaffirment l’identité de chaque édition. Les logos ont été retravaillés en 3D, les sous-titres sont plus lisibles, mieux intégrés. Les cartes redessinées proposent dorénavant une double localisation (large et précise).

Au-delà de ces premiers éléments visuels, un constat s’impose : les capacités technologiques du studio2 (7 caméras HD, un écran de 12 m² placé à l’arrière du présentateur, 4 écrans de 103 pouces et 14 écrans 46 pouces, installés en arc de cercle autour des deux plateaux - un pour les JT, l’autre pour les débats - permettent davantage de possibilités scénographiques et éditoriales que l’ancien studio. D’autant plus que, selon le directeur de l’info, Jean-Pierre Jacqmin, "il ne s’agit pas seulement de faire du cosmétique, l’habillage doit avant tout servir une information graphique". Effectivement, si l’on considère l’info graphique comme plus accessible, la multiplicité des écrans et le nouvel habillage tendent bel et bien à renforcer la nouvelle stratégie éditoriale de la RTBF : "Une info 360° à la portée de tous".

Les séquences sont davantage diversifiées, et in fine, le résultat est plus clair, plus structuré. Les duplexs, les infographies, les lancements ou encore les commentaires, sont plus rythmés, visuellement plus dynamiques, plaçant le téléspectateur et le présentateur dans des rôles beaucoup moins apathiques. Exit par conséquent l’ancien studio (destiné à une école de journalisme ou à Télé Bruxelles qui prendrait bientôt place au sein des couloirs de Reyers) et bonjour au Studio 2, dont les coûts de conception et de réalisation n’ont par ailleurs pas été communiqués : "A la RTBF, vous savez bien que nos budgets sont limités et par ailleurs, nous ne sommes pas France Télévisions" glissait l’administrateur général, Jean-Paul Philippot.

En parlant justement de France Télévisions, difficile de ne pas soutenir la comparaison, particulièrement avec le JT de France 2, dont les caractéristiques se rapprochent de celles des nouveaux JT de la RTBF tant du point de vue du contenu que du contenant. "Ce qui nous a frappés à France 2, c’est l’utilisation pédagogique et intelligente de l’infographie au service d’une info accessible". Désormais, on comprend mieux pourquoi Jean-Pierre Jacqmin a fait appel au consultant Français, Christian Dauriac (anciennement directeur de l’information à France 3, dont il a rénové le Soir 3) pour soutenir l’effort du remaniement de la tranche info à la RTBF.

Aussi, avec 30 minutes d’info supplémentaire par jour, une "nouvelle façon d’informer s’imposait". Ce qui implique notamment de décliner la couverture de l’actualité en fonction de l’heure à laquelle "on s’adresse aux gens" soutenait Jean-Pierre Jacqmin, lundi, en conférence de presse. L’occasion pour la RTBF de revenir sur la charte éditoriale du 1er rendez-vous de l’info télé, le 13h présenté par Nathalie Maleux et Véronique Barbier (le 15 minutes, le 19h30 et "On n’est pas de pigeons" ont déjà été abordés dans nos pages précédemment). Car le public du 13h n’est pas celui du 19h30, "c’est une population d’inactifs en général mais aujourd’hui ce n’est plus tout à fait vrai. La flexibilité du monde du travail fait que beaucoup d’actifs regardent aussi la télé à cette heure-là".

Et qui dit public ciblé, dit aussi charte éditoriale adéquate. "Le 13h, c’est une information claire et simple, non pas dans le choix des sujets mais dans la façon dont ils seront expliqués. C’est un journal d’actu, de proximité géographique et proche des gens. Axé sur le local et le régional, l’international y trouvera aussi sa place quand il raconte une histoire qui ouvre des fenêtres sur le monde. Il met les explications à portée de main, de regard et d’émotions. Nous excluons donc la présence des experts, tout du moins en première partie d’émission. [ ] Le fait divers aussi retrouvera ses lettres de noblesses", explique le directeur de l’info, tout en précisant que "la RTBF a aussi le droit de revendiquer sa place de média populaire".

N’y décelez nullement le désaveu de la RTBF quant aux audiences plombées du nouveau 13h (lancé en 2009 avec Sébastien Nollevaux), puisque lundi, le directeur de l’info concédait, à demi-mot, que la stratégie éditoriale s’était surtout révélée "inadéquate" : "Nous voulions montrer notre propre info que les autres chaînes n’avaient pas, mais à une telle heure, cela s’est avéré impossible et puis le lancement de la numérisation de la production avec ses nombreux bugs n’a pas aidé". Et de rappeler que depuis "4 à 5 mois", selon le directeur de l’info, le JT de 13h atteignait "tout de même une moyenne honorable de 26,5% de pdm".