"Grâce à nos militaires, nos alliés, et les braves soldats d’Afghanistan, le régime taliban touche à sa fin." Ces mots prononcés par l’ancien président américain, Georges W.Bush, ont presque vingt ans. En visionnant Les Afghans sacrifiés au nom de la paix, force est de constater que c’est raté. Ce film produit par Arte et l’agence Capa dresse un excellent état des lieux de la situation du pays après l’accord de paix historique passé, à Doha, entre les États-Unis et les talibans en février dernier.

Une rencontre avec les talibans

Dans le cadre de son enquête, la journaliste française Alexandra Jousset a beaucoup baroudé : Afghanistan, Royaume-Uni, États-Unis, ou encore la Belgique. Un travail de fond et une multitude d’intervenants. Parmi eux : John Sopko, inspecteur général spécial des États-Unis pour la reconstruction de l’Afghanistan, Hamid Karzai, ancien président ou encore Suhail Shaheen porte-parole du groupe taliban. Un travail de titan.

La réalisatrice n’a pas, non plus, hésité à prendre des risques.

Pour sortir de Kaboul, ville tenue par le régime, elle part de nuit, une burka enfilée à la va-vite. Le but : sortir incognito de la capitale et rejoindre Wardak, une province du centre du pays contrôlée depuis 2009 par les talibans. L’occasion de rencontrer les combattants posant fièrement les armes à la main. L’occasion, aussi, de comprendre que cet accord et le départ des Américains ont, pour eux, un goût de victoire.

Certaines puissances avancent, déjà, leurs pions sur l’échiquier de la région comme la Chine et son projet de "routes de la soie". Sans oublier la présence de terres rares utilisées dans la fabrication de produits de haute technologie.

Quid des femmes ?

Alors que la question des droits humains n’a pas été évoquée dans l’accord, les femmes ont peur que cette paix ne se fasse à leurs dépens. Dans le Wardak, les écoles financées par les ONG étrangères ont été fermées. Les talibans décident du programme et les filles ont été forcées de déserter les bancs de l’école. Sur la question de la mixité des universités, le porte-parole des talibans ne se fait pas vraiment rassurant. "Un comité de sages religieux siégera et déterminera s’il permet aux femmes qui portent le voile d’être dans la même classe que les hommes […] tout sera déterminé en temps voulu."

La population civile a, dans son ensemble, déjà beaucoup souffert. Malgré les pourparlers destinés à mettre fin au conflit, les habitants sont pris en tenaille par les combats qui font rage. L’année 2019 a été l’année la plus meurtrière de ce conflit en raison des bombardements et des expéditions punitives. 440 000 Afghans ont fui leur foyer pour s’entasser dans des camps de fortune ces douze derniers mois.

La violence ne s’endigue pas. Tandis que des pourparlers entre les insurgés et le gouvernement afghan doivent débuter à Doha, hier, une attaque a fait au moins dix morts après l’explosion d’une bombe à Kaboul visant le convoi du vice-président. De quoi rappeler les mots d’Ashley Jackson, une chercheuse interrogée dans le documentaire. "Ça m’énerve d’entendre parler d’accord de paix alors qu’il n’y a aucune garantie qu’il apporte effectivement la paix."