Médias & Séries

De Mitterrand à Hollande, en passant par la vie quotidienne des Français, Christophe Giltay couvre l’actualité de l’Hexagone depuis 1994. Le journaliste de RTL-TVI publie un florilège de ses 20 ans de chroniques Champs-Elysées *. L’occasion d’évoquer avec lui l’actualité bouillante de la semaine, la montée de Le Pen, la chute de DSK et l’éventuel retour de Sarkozy.

Christophe Giltay est l’Invité du samedi de LaLibre.be.


Comment est née la chronique ‘Champs-Elysées’ ?

Par hasard en fait. Je partais occuper le poste de correspondant à Paris de RTL-TVI et Bel RTL, après avoir présenté le journal de 7 heures. Sur le chemin du parking, je croise Eddy de Wilde, directeur de l’information, qui souhaitait que je garde une présence régulière à la radio. Je lui ai lancé : « Tu vas quand même pas me faire le coup du coup de fil quotidien de Paris à 6h ? ». Il a répondu : « 6h, c’est un peu tôt… pourquoi pas 8h30 ? » . C’est aussi bête que ça… Depuis, c’est mon soleil du matin, mon footing intellectuel quotidien qui m’éveille et me fait entrer dans la journée.

Vous aimez vous mettre en scène en imitant le Marseillais, le ‘parigot’ ou encore certains hommes politiques.

Faut vous rappeler qu’à l’époque il n’y avait pas ‘Votez pour moi !’, donc l’idée était d’être quand même un peu rigolo, vivant. C’est ma nature ! (Il imite Mitterrand, de Gaulle et Sarkozy) Ce sont des personnages moins d’actualité, mais le fait de côtoyer Laurent Gerra ou André Lamy m’a un peu aidé.

Les Belges s’intéressent énormément à la France, mais vous regrettez qu’il y ait malgré tout ‘beaucoup de clichés !’.

J’essaie cependant de démonter certaines caricatures bien ancrées, car la France d’aujourd’hui n’est plus celle des années ’60. On y construit d’autres voitures que des 4L. Le pays est très moderne sur le plan des télécommunications. Il est aussi plus urbain, technique, multiculturel,…

A l’inverse, quelle image les Français ont-ils des Belges ?

Dans les sondages sur ‘Le pays où vous aimeriez vivre ?’ (à part la France), les Français répondent à 95% la Belgique. Il y a une véritable proximité et image de sympathie pour la Belgique, on l’a vu aussi avec les enquêtes d’opinion sur un possible rattachement à la France de la Belgique francophone. Puis, quand ils viennent à Bruxelles, ils ont l’impression d’être en France…




Passons à l’actu de la semaine, l’affaire Leonarda (jeune Rom expulsée de France alors qu’elle était dans un bus scolaire). On a le sentiment que François Hollande a complètement perdu le contrôle dans cette affaire, non ?

D’abord, je pense que la sortie cette semaine - dans Le Monde - du scandale d’espionnage par la NSA n’est pas du tout étranger à cette affaire. Ca tombe à pic ! Sans être le journal du gouvernement , Le Monde est tout de même un quotidien de la mouvance de gauche. C’est un hasard heureux qui permet à Hollande de sauver la face en retrouvant son costume de Président… qui appelle Obama au téléphone.

Il fallait contrebalancer l’intervention télévisée ratée de samedi sur Leonarda ?

Quand vous avez une intervention solennelle du président, suivie 3 minutes plus tard par une gamine de 15 ans au Kosovo qui lui répond « Ca ne marche pas comme ça ! » , c’est terrible ! Les éditoriaux dans la presse - même de gauche – ou les intellectuels se sont précipités pour dénoncer cette sortie présidentielle. Même le chef des socialistes a contredit le président en affirmant qu’il fallait accueillir Leonarda et toute sa famille. C’est précisément le contraire de ce qu’avait dit le président. Là franchement, il y a un problème !

Problème uniquement de communication ?

De communication… et de compréhension ! Pour les observateurs proches de l’Elysée, il est clair que Hollande continue à se comporter comme le Premier secrétaire du PS qui veut faire la synthèse entre les différents courants de son parti. C’est donc toujours mi-chèvre mi-choux, ni blanc ni noir. Sauf que la Vème République, c’est un régime quasi-monarchique. Les Gaulois ont besoin d’un chef, qui a d’ailleurs plus de pouvoir que le président des Etats-Unis. Hollande n’a pas cette dimension ! Il ne tranche pas, il se comporte comme un Premier ministre belge qui cherche un compromis sur tout. Mais la France n’a pas du tout le même système politique que vous.

Mais si Hollande avait accepté le retour de toute la famille de Leonarda, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls aurait probablement démissionné. Or, lui est très populaire et soutenu à plus de 70% par les Français dans cette affaire (sondages).

Mais au moins personne n’aurait pu dire que le président manquait à sa charge. Le résultat est lamentable, ça ne passe pas. Cela ne correspond pas aux attentes des Français par rapport à leur président. Pourquoi n’a-t-il pas envoyé son Premier ministre au front ? C’est son rôle de ‘fusible’ : être carbonisé et ainsi protéger le président. Cette affaire démontre qu’au sein de la gauche il existe toujours un courant qui n’accepte pas le fonctionnement de la Vème République.

Et son entourage ne le recadre pas ?

Les conseillers de Hollande sont dépassés ! Le besoin médiatique est trop rapide pour eux. Ils ne comprennent pas le fonctionnement des médias. Ils n’ont pas anticipé la réaction immédiate et en direct de la gamine de 15 ans sur toutes les chaînes d’infos en continu. Je crois qu’il rêve d’une présidence à la Mitterrand: ‘Il faut laisser le temps au temps’. Bref, il y a un problème de méthode, un problème de personnalité, un problème par rapport au régime de la Vème et un problème de conseillers en com’.

Avec à peine 23% d’opinions favorables, le président a touché le fond de la popularité ?

Il peut difficilement descendre plus bas, car il y a un socle de 20 à 25% de vrais sympathisants de gauche fidèles. Même aux tréfonds de la popularité, le PS français maintient un tel score. Mais le pouvoir présidentiel français est tel que les choses peuvent basculer très vite. C’est pas si simple, d’ailleurs 54% de Français ne souhaitent malgré tout pas le retour de Sarkozy… Je ne crois d’ailleurs aucunement au retour de Sarkozy ! Personne dans son camp n’ira le chercher. Le come-back politique n’existe pas en France… à l’exception du Général de Gaulle. Regardez Giscard, Barre ou même Napoléon…

Pour Hollande, il n’y a finalement pas eu d’état de grâce après son élection.

Contrairement à Mitterrand – avec l’augmentation des minima sociaux, les réformes des lois du travail, l’abolition de la peine de mort, l’autorisation des radios libres,… et Jospin - 35 heures et retraite maintenue à 60 ans - , Hollande n’a pas pu répondre concrètement à une attente auprès des gens de gauche. Pire, pour des raisons comptables, il est obligé de faire sauter des acquis sociaux, tel que l’âge de la retraite. Résultat, la droite est opposée, la gauche est frustrée et les autres se tournent vers le FN.



Vous écrivez que votre chronique sur le FN de 2002 n’a pas pris une ride. Dans quel sens ?

La veille du premier tour de 2002, on évoquait la possibilité de voir Le Pen au second tour, mais un conseiller de Jospin affirmait que c’était ‘mathématiquement possible, mais politiquement inimaginable’. Conclusion, c’est possible, les chiffres le disaient ! La fracture entre les élites et les Français qui se sentent abandonnés, elle est toujours là. De nombreux Français reprochent à la gauche de ne pas traiter les questions d’immigration et de sécurité. Cette fracture s’est même aggravée, avec en plus une Marine Le Pen qui n’a pas les outrances du père. Son père faisait peur. A l’époque 80% des Français n’auraient jamais voté pour lui. Ce socle a chuté à 65% aujourd’hui… Mais seule l’image de façade du parti a changé. Dans le Nord de la France, le FN est en train de conquérir l’électorat communiste, alors que dans le Sud se renforce une extrême droite plus traditionnelle, souvent raciste.

D’où vient cette évolution ?

Les élites françaises (comme les haut-fonctionnaires sortis de l’ENA) sont très très très loin du peuple. Prenons l’exemple de ceux qui proposent de taxer les ‘criminels’ que seraient les consommateurs de diesel. Ils ne savent pas que pour beaucoup de Français de la ruralité, où la vie a perdu son dynamisme et son activité économique de proximité, la voiture est souvent une diesel de plus de 5 ans. Et ceux-là, ils en ont marre d’être stigmatisés. Plus d’un Français sur deux vit dans les banlieues des 10 grandes métropoles, où ce n’est plus vraiment la ville, pas encore la campagne. De plus, par le passé, les immigrés étaient assimilés en seulement 2 générations. Maintenant, tout à coup, les Français réalisent que les immigrés ne s’assimilent plus. ‘Pire Monsieur !’, ils revendiquent leurs différences... Inutile d’expliquer l’impact sur ces gens de la démagogie démesurée du FN.

Dans votre livre, vous qualifiez Valérie Trierweiler de ‘Première gaffeuse de France’… Pourquoi vous a-t-elle mis en colère ?

Son tweet de soutien à l’adversaire de Ségolène Royal , c’était les prémices de l’affaire Leonarda ! Ici encore, ce n’était pas au niveau de la présidence de la République. C’est quoi cette histoire de crêpage de chignons entre Trierweiler et Royal, qui impliquait directement le président ? En plus, elle disait qu’elle ne voulait pas être Première dame… alors, qu’elle fasse autre chose. Carla Bruni, une fois à l'Élysée, elle a fait le job, et plutôt bien d’ailleurs. Comme dirait la reine Mathilde, Trierweiler et Hollande n’ont pas compris l’aspect ‘majestueux’ de la fonction. Ils ont du mal à incarner la fonction.




Un autre comportement qui vous a déçu, c’est celui de Dominique Strauss-Kahn.

J’ai une haute opinion de la politique et des hommes politiques. Mais là, le fonctionnaire le mieux payé de la planète et pressenti pour diriger la France qui tombe dans un tel piège, c’est une honte ! On savait pour les mœurs de DSK, mais là, on s’est dit ‘Ah le con, il s’est fait avoir !’. Alors oui, je pense de plus en plus que l’affaire du Sofitel pourrait être un complot (danse de joie de 2 membres de la sécurité après son arrestation). Mais je suis persuadé que le scandale du Carlton de Lille serait sorti avant la présidentielle. Des gens avaient le dossier, je le sais, de source sûre.

Que pensez-vous d’Arnaud Montebourg ?

Au début du quinquennat, Montebourg était le ministre le plus visible. On le voyait partout, sur tous les fronts. Il allait mettre Mittal en prison. Son problème principal, c’est qu’il s’est grillé par le décalage entre l’emphase du discours et la modicité des résultats. Puis, Valls a effacé Montebourg. C’est lui qui tient la corde à présent.


Entretien : Dorian de Meeûs


* "Champs-Elysées, 20 ans de chroniques sur Bel-RTL" , Christophe Giltay, Renassaince du Livre, 193 pages.