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Quand l’aide au développement entraîne la négation des droits humains. En cinq ans, au Pérou, plus de 300 000 femmes, essentiellement des Indiennes quechua, ont été stérilisées de force par le gouvernement d’Alberto Fujimori. Ainsi que près de 30000 hommes. Comme l’explique Mathilde Damoisel dans Le ventre des femmes H H, une enquête fouillée et méthodique de 90 minutes, cette politique de contrôle de la natalité a été encouragée, notamment, par la Banque mondiale et l’Usaid, l’Agence américaine de l’aide au développement. Des instances internationales qui, au Pérou comme en Inde, au Bengladesh ou au Sénégal, ont conditionné leur aide à un contrôle rigoureux des naissances. Une politique démographique dont ont été victimes les populations les plus pauvres, les moins éduquées et ayant peu d’accès à la santé.

C’est ainsi que ce qui fut présenté au Pérou comme un nouvel accès à la contraception et au planning familial tourna à la manipulation généralisée. Sous la pression de médecins (formés pour l’occasion) et de sages-femmes, tous soumis à des quotas et à des objectifs chiffrés, les femmes se sont retrouvées, sous la menace ou par la force, sur la table d’opération, soumises à une ligature des trompes. Quelques-unes d’entre elles, mutilées dans leur chair et leur âme, privées de leur droit à disposer d’elles-mêmes, de leur sexualité et de leur reproduction, témoignent face caméra. "Depuis ce jour, mon corps est une ruine", dit l’une d’elles. "Je suis morte dans la moitié de mon corps. Je n’ai plus foi en moi", se plaint une autre, le regard vide. Ces femmes-là (on n’entend pas les hommes forcés de subir une vasectomie) sont aujourd’hui rejetées par leur famille, leur mari, considérées comme des traînées, et n’ont jamais obtenu réparation.

Pourtant, le scandale a fini par éclater en 1997. Mais, ironie de l’histoire, ces pratiques abusives ont été récupérées par le lobby anti-avortement, instrumentalisées au service d’une autre idéologie, conservatrice. Ce qui a eu pour effet de faire reculer, encore, la cause des femmes ! Aux Etats-Unis, le PRI (Population Research Institute), pilier du mouvement anti-avortement, utilise sans vergogne les stérilisations péruviennes pour mener campagne contre l’IVG et la contraception. En Equateur, la pilule du lendemain a depuis été déclarée anti-constitutionnelle Autre effet collatéral : le retrait par l’administration Bush en 2002 des aides allouées au Fonds de la population des Nations unies. Du coup, ce sont à nouveau les femmes qui trinquent, puisque ce sont autant de soins qui ne seront pas prodigués, notamment, aux femmes enceintes dans des pays où la mortalité en couche n’est pas rare.

Ce documentaire choc offre une réflexion globale, étayant son propos éclairé du témoignage des principaux acteurs : ex-responsables de la Santé au Pérou, représentants du PRI ou de l’Usaid, historiens, avocate féministe Avec toujours, au premier plan, la parole des victimes. Et ces visages qui en disent plus long que tous les discours.

On retiendra le point de vue, juste, de cet historien de l’Université de Columbia en guise de conclusion : c’est l’accès pour les femmes, et plus globalement pour les populations pauvres, à l’éducation et à un emploi, qui régulerait le plus sûrement la croissance démographique, de manière consentie.