Telle une photo craquelée par le temps, la mémoire s’efface doucement. Ravivée juste avant de disparaître totalement dans les replis de l’Histoire. Dans ce documentaire très personnel consacré à sa mère (primé à la Berlinale 2014), Tamara Trampe raconte une histoire oubliée, celle des combattantes ukrainiennes de l’Armée rouge qui ont sué sang et eau sur le front pendant la Seconde Guerre mondiale. Qui s’en soucie aujourd’hui ?

Dans un petit musée ukrainien, des enfants écoutent une enseignante glorifier la « Grande guerre patriotique » et leur conter le récit d’une scène de bataille. Sans prêter la moindre attention à une vieille dame bardée de décorations, assise seule dans un recoin de la pièce. Partie sur les traces de l’histoire de sa mère, Tamara Trampe rencontre cette vieille dame très digne, le cœur chargé de souvenirs et d’envie d’en découdre. A-t-elle connu la mère de Tamara ? « Cette femme, je l’ai vue », dit-elle, sans pouvoir ajouter davantage de détails.

La mère de Tamara apparaît discrètement dans une poignée de séquences chargées de tendresse, tournées par sa fille juste avant que la mort ne vienne mettre fin au dialogue. C’est le point de départ d’une émouvante quête des origines, depuis ces rives glacées de la Volga où Tamara a vu le jour, dans des conditions surréalistes, le 4 décembre 1942, au milieu d’un champ. Sa mère, infirmière engagée sur le front, n’a que 22 ans. Elle est tombée amoureuse d’un officier de l’Armée rouge, est tombée enceinte et a caché sa grossesse jusqu’à ce qu’elle mette au monde cet enfant.

La première personne que Tamara rencontre en Ukraine, c’est un de ses oncles, unique survivant d’une fratrie de huit frères et sœurs. Elle part ensuite à la recherche de vétérans de l’unité de sa mère et d’autres témoins de ce passé négligé. Archives en noir et blanc et photos jaunies ressorties de vieilles boîtes en carton ou de valises viennent alors au secours de la mémoire. Souvent morcelée. Mais toujours aussi vivace lorsqu’elle émerge, charriant à la fois fierté et amertume. Une ancienne combattante exprime ses regrets : « Après la guerre ? On ne nous a pas accueillis du tout. On ne nous a pas donné de travail malgré nos diplômes universitaires. On crevait de faim et personne ne faisait attention à nous ! » Juste avant, elle évoque ces heures difficiles passées entre les mains de la Gestapo…

Pour renforcer sa narration, Tamara Trampe utilise en voix off ses propres souvenirs d’enfance, couchés sur le papier. Des mots emplis de poésie et de souffle.

Documentaire, Arte, 00h10