Médias/Télé

Un modèle du genre. Alors que d'autres en sont toujours à tâtonner sur la stratégie à adopter, ou à réfléchir sur la cannibalisation web-papier, www.lemonde.fr conforte, au quotidien, une avance notable sur la plupart des autres sites d'information francophones. La barre des 10 millions de visites mensuelles n'est plus une utopie, mais fréquemment une réalité pour ce portail créé en 1995.

14 millions de visites

Au plus fort de la crise irakienne, en mars dernier, il revendiquait 14 millions de visites. Les derniers résultats publiés par le groupe de presse, dont le site est une filiale à 66 pc (le reste appartenant à Lagardère), créditait lemonde.fr d'une augmentation de 360 pc du nombre de visites entre 2001 et 2003. « Nous réalisons 50 pc de notre audience à l'étranger », note Yann Chapellon, directeur délégué, « la Belgique étant le troisième pays qui nous amène le plus de visiteurs », derrière le Canada et les Etats-Unis.

Dans un marché du web qui vire lentement au payant, Le Monde Interactif a lui franchi le pas en avril 2002, avec la mise en place du «Desk». En somme, une édition spéciale du site réservée à des abonnés, auxquels, en plus du contenu gratuit, sont mis à disposition un crédit pour l'accès aux archives, des dossiers expressément créés par la rédaction du monde.fr, des éditions électroniques du quotidien. «C'est un peu comme pour les billets d'avion, on distingue classe économique et classe affaires», expliquait l'année dernière Bruno Patino au Journal du Net. Seize mois après son lancment, cette édition réservée aux abonnés a attiré 40.000 internautes.

L'ambition pour le jeune directeur général - 38 ans -, arrivé à la rescousse il y a deux ans au moment où lemonde.fr prenait l'eau, est de parvenir à l'équilibre financier pour la fin 2004. Pour y parvenir, lui et ses collaborateurs comptent sur trois sources de financement principales: la vente d'archives, les revenus publicitaires et la vente d'abonnements: « on a aujourd'hui les trois piliers, selon une répartition sinon égalitaire, du moins équilibrée, avec des variations d'un mois à l'autre», décrit Yann Chapellon.

Un site auto-financé; le cas est suffisamment isolé pour être remarquable. En leader qui se respecte, il dicte sa loi, notamment en scellant des partenariats stratégiques, comme ce fut le cas fin 2002 avec le site du Nouvel Observateur. Désormais, les deux portails ont partie liée autour des rubriques éducation et automobile notamment, qui renvoient de l'un à l'autre. Sur tous les terrains, le journal électronique se met aussi à vendre de l'immobilier, de l'emploi, à animer des rubriques connexes comme les «jeux» ou des forums, notamment via une alliance avec le site www.expressionpublique.com.

Pour imposer son modèle moitié mixte (gratuit-payant), la filiale internet du quotidien français a également dû batailler ferme sur le terrain technique. Et a dû faire face à des imprévus, comme le service d'indexation de Google, qui permettait au moteur de recherche, via un système de caches, de contourner les dispositifs d'accès aux archives. Dans la même veine, lemonde.fr doit aujourd'hui, comme les autres, compter avec l'existence du service d'actualités Google News en français, qui puise allègrement dans ses ressources. « Nous sommes actuellement en consultation juridique pour voir les possibilités d'action. Nous sommes pleinement éditeurs d'un site et nous ne déléguons à personne l'édition de nos contenus, ce que fait Google News». Une table ronde entre les divers éditeurs français devrait étudier la question à la fin du mois d'août.

Trois éditions quotidiennes

Au quotidien, la gestion du site repose sur une équipe d'une grosse trentaine de personnes, journalistes et infographistes, pour trois éditions quotidiennes, « mais on tend vers une édition continue », entre 6 et 22 heures. Si Lemonde.fr a valeur de référence en matière de contenu, c'est aussi parce que ses responsables misent tout sur l'écriture, au détriment d'autres ressources comme le son ou la vidéo. « Le web reste un média fantastique pour mettre en valeur le texte ».

© La Libre Belgique 2003