Le documentaire est diffusé sur RTL-TVI à 23h.

"Le marché des dessous féminins représente annuellement 50 milliards d’euros, autant que le marché des smartphones." Voilà de quoi remettre à leur place ceux qui réduiraient la petite culotte à un mini bout de chiffon sans intérêt ni prétention. La culotte a beau ne pas être bien grande, la manière dont elle est choisie, achetée et portée est révélatrice d’un certain rapport des femmes à leur corps, de même qu’elle est un indicateur de la place des femmes dans la société.

C’est donc une cartographie de la lingerie que propose le documentaire "Les dessous de la lingerie" de ce soir. Un discours tout sauf frivole, avec, dans le viseur, les grandes tendances de conso, dessinées selon les aires culturelles. En France, berceau de la corseterie, et plus généralement, en Europe, neuf femmes sur dix disent acheter pour elles-mêmes, mais ne cachent pas leur volonté de plaire, car si la lingerie fait partie du quotidien, elle est aussi connectée au rapport entre hommes et femmes. Un phénomène beaucoup plus notable cependant en Russie, où le choix de la lingerie portée est directement lié à une pratique sexuelle à venir et plus à une question d’hygiène ou de maintien. La démographie explique cet état de fait : il y a beaucoup plus de femmes russes que d’hommes - en cause l’alcoolisme qui ravage la population masculine et qui a fait chuter l’espérance de vie à 58 ans. Les femmes russes ne s’en cachent pas : difficile de se trouver un gentleman. Un problème sociétal qui a été récupéré par l’économie de marché. La lingerie érotique est devenue une institution. On achète des panoplies coquines dans le métro avant de rentrer à la maison. Quant à la nuisette, réservée à la classe supérieure durant l’ère soviétique, ses ventes ont décuplé.

D’une extrémité à l’autre, on visite les malls du Moyen-Orient où, bien que la religion et le pouvoir en place surveillent de très près le comportement des femmes, la consommation de lingerie ne s’est jamais si bien portée. Cette région demeure le premier marché mondial en matière de sous-vêtements. Et c’est une lingerie osée qui se cache bien souvent sous les grandes tuniques des femmes voilées. "Ici, les strings en perles et diamants sont en rupture de stock." Cette Française installée à Dubaï dans le commerce de la lingerie avance le contexte de polygamie comme possible explication à la consommation de lingerie très libérée : les femmes dont la liberté est entravée dans la sphère sociale reprennent un pouvoir de séduction dans l’intimité.

On aurait peut-être souhaité que ce docu, qui évoque une pratique essentiellement cachée, soit moins affirmatif sur des pratiques qui renvoient à l’intime - difficilement quantifiable - des sociétés. A. V.