Dans le jargon journalistique, c'est un "marronnier". Entendez : un sujet récurrent pour saison creuse quand les audiences stagnent. On évoque alors la vie privée des "pipoles", voire des politiques (c'est devenu d'un ringard depuis Nico et Carla...), la meilleure façon de maigrir mais aussi le trésor des Templiers et, last but not least, les secrets innommables de l'Opus Dei et de la franc-maçonnerie...

Le Questions à La une (La une, 20h15) consacré ce mercredi à la maçonnerie belge ne s'inscrit pourtant pas dans cette catégorisation. L'on sait combien les maçons et leurs alter ego féminines tiennent toujours à une certaine discrétion en Belgique, mais il était permis de penser que dans la foulée de l'ouverture récente du Grand Orient de Belgique (qui s'est traduite par une interview de son Grand-Maître à "La Libre" en octobre dernier) les obédiences belges seraient moins frileuses à s'ouvrir au monde profane. Et qu'elles abattraient définitivement certains mythes que nourrissent toujours les extrémistes. Car, non seulement, il n'y a pas de grand complot mais les maçons n'ont pas davantage de pieds fourchus ! On l'a rappelé plus d'une fois ici : trop de frères gardent à l'esprit les persécutions dont la maçonnerie a fait l'objet en 40-45 et comme on n'est pas à l'abri d'un retour de la dictature, qu'elle soit brune, noire voire rouge, ils préfèrent observer le plus grand mutisme.

Un syllogisme dangereux

Hélas, cela finit toujours par un syllogisme aussi meurtrier que d'un simplisme déplorable : si les maçons restent aussi secrets, c'est qu'ils ont des choses à cacher... Des milliers d'entre eux ont été envoyés dans les camps parce que les Nazis le croyaient...

On ne fera pas de mauvais procès à Sylvie Duquenoy et à Serge Ruyssinck qui ont tenté de comprendre "le vrai pouvoir de la franc-maçonnerie". Ils n'ont guère trouvé d'interlocuteurs que du côté de la Grande Loge de Belgique tout en bénéficiant des expertises avisées de Luc Nefontaine et Hervé Hasquin.

Reste qu'on sort de l'émission avec quelque trouble. Oui, c'est indéniable, des maçons, contrairement à leur serment d'entrée en Loge, préfèrent leur bien personnel au bien public ! Et ils se retrouvent logiquement devant la Justice mais un téléspectateur peu éclairé ou moins assidu n'est pas à l'abri d'une généralisation abusive. Alors, on paraphrasera un des maçons que l'on voit à l'écran, Michel Noiret - qui s'inscrit dans la grande tradition de Léo Campion, chansonnier talentueux et penseur anarchiste - que "si tous les curés ne sont pas des pédophiles" - NdlR : son expression est plus directe, plus crue... - "tous les maçons ne sont évidemment pas compromis dans des affaires" .

Un flou entoure les deux reportages de ce soir et le malaise est réel face à une mise en images qui inquiète. Avec, en prime, quelques généralisations caricaturales qui nous ramènent 60 ans en arrière. Bien sûr, l'interrogation portait sur le pouvoir et ses possibles dérives mais c'est dommageable pour la grande majorité des "frères" qui fréquentent les ateliers pour des raisons philosophiques parce qu'ils entendent se perfectionner et améliorer le monde qui les entoure. Ce qui paraîtra sans doute ringard à l'heure de l'estompement des valeurs mais c'est aussi respectable que de professer sa foi...

Sylvie Duquenoy s'étonne de la volonté des parlementaires de ne pas se dévoiler mais l'eussent-ils fait, on aurait vite fait un rapprochement avec les aigrefins qui ont confondu enrichissement personnel et spirituel...

Alors ? On rêve d'un débat de fond où initiés ou non montreraient qu'ils sont tous des "fils de la Lumière"...