Visite millimétrée, embargo draconien, équipe sous tension. Au moins, cette fois, personne n’a tenté de nous vendre l’histoire du tournage idyllique au cours duquel "l’équipe est devenue une famille". En raison d’une fusillade intervenue au cours de la nuit précédente, les déplacements vers le stade Vélodrome, lieu du tournage de ce matin se sont encore complexifiés. Voilà qui ne va pas améliorer l’image de Marseille. Qu’à cela ne tienne, notre chauffeur se faufile et finit par nous déposer devant les portes de ce stade qui fait vibrer les admirateurs de l’OM. Un petit groupe arbore maillots et calicots pour se fondre dans la scène en cours de tournage.

Dan Franck, le scénariste, a fait le déplacement et répond volontiers aux questions des journalistes invités, contrairement à Gérard Depardieu, qui a adressé une fin de non-recevoir à tout le monde. Sans surprise. De toutes façons, il n’est pas sûr que la conversation se serait révélée productive. Renfrogné et par moments excédé, l’acteur ne cesse de réclamer "qu’on cesse de perdre du temps". La fin du tournage s’annonce comme un soulagement.

Marina et Félix Pyat

Dan Franck confesse qu’il connaissait mal Marseille, le choix étant celui du producteur, Pascal Breton. Il a donc "passé un temps infini dans les cités, à la mairie et dans les mosquées pour rencontrer un maximum de gens" et bâtir son histoire. En veillant à rester en lien avec ses contacts à Félix Pyat, la cité la plus pauvre de France. Sa volonté : "dépasser le Marseille bashing, en révélant cette scène politique incroyable qu’est Marseille. Violence, immigration, magouilles et cités, la ville a une personnalité et une réputation incroyables."

Il a suivi les conseils d’un de ses contacts et fait engager des jeunes de la cité comme figurants ou pour des petits boulots techniques. Ce sont eux qui apparaissent hilares aux alentours du plateau.

Fidèle à la ligne de conduite adoptée sur "Les hommes de l’ombre", Dan Franck imagine l’affrontement entre un homme (Depardieu) et son dauphin (Magimel). L’histoire d’une transmission qui tourne mal. "Les batailles familiales sont toujours plus intéressantes que les bagarres entre deux camps, souligne celui qui se dit passionné par la politique . Je veux montrer que les dérapages existent mais qu’il n’y a pas que cela et que, par-dessus tout, il y a un amour immense de la ville, vrai ciment entre les gens. Ce qui m’intéresse, c’est cette réalité humaine, la beauté âpre des cités."

Manque flagrant d’originalité

Malheureusement, entre l’intention et la réalisation, il y a un pas qui n’a pas été franchi. Si côté cadre, on n’est pas trompé sur la marchandise, avec de longs plans permettant de toiser les plus belles vues de la Méditerranée, on a vite fait le tour de la question. Là où nombre de séries semblent manquer de temps pour embrasser leurs thématiques et leurs personnages, "Marseille" semble errer sans but. Peinant parfois à atteindre les 52 minutes par épisode.

On nous avait annoncé un affrontement entre un roi et son dauphin, mais les dialogues sont répétitifs et parfois terriblement rabâchés. La déception est à la mesure des espoirs qu’avait fait naître l’annonce de cette première production française de Netflix. Peut-être qu’une partie du dérapage doit être recherchée dans la volonté de toucher un vaste public international.

Une indigeste pièce montée

Boursouflée comme la grenouille de la fable, aussi digeste qu’une pièce montée pour mariage mégalomane, "Marseille" manque à la fois de fond et de conviction. La réalisation ne fait pas dans la dentelle avec une partition musicale soulignant lourdement les enjeux et les émotions. Côté dialogues, on enfile les perles et les clichés. Pourtant, au départ, le casting miroitait : Benoit Magimel, Géraldine Pailhas, Nadias Farès, Hippolyte Girardot…

Une chose reste incompréhensible : cette propension à inscrire au cœur de chaque épisode des résumés de ce qui vient de se dire entre deux personnages. Comme si le public avait le QI d’un bulot… Comme tout cela s’avère rapidement soporifique, certains, décidés à aller jusqu’au bout, auront peut-être besoin de ces piqûres de rappel.