Des sujets qui ne partent pas, des reportages introuvables, des sons mal réglés, des éclairages et décors sans perspectives et des présentateurs tendus, c’est un peu le tableau qui a été proposé aux téléspectateurs des flashs d’information de France 2 ce mardi matin. Les plus fidèles téléspectateurs auraient même pu croire à un sabotage ou à une régie très mal intentionnée. Il n’en est rien, c’est en réalité la conséquence de la grève qui touche France Télévisions depuis plus d’un mois.

Des grèves redoutables de 59 minutes

Les quatre organisations syndicales ont mis en place à tour de rôle des actions de 24h afin de lancer une "guérilla sociale" contre la direction du groupe. En février, les syndicats précisaient que les perturbations occasionnées par les techniciens grévistes n’étaient pas perceptibles à l’antenne. Pourquoi n’est-ce plus le cas aujourd’hui ? Les actions syndicales sont caractérisées par des grèves sauvages de techniciens juste avant les principaux enregistrements. A partir d’une heure de grève, la journée n’étant pas rémunérée, les actions ne durent que 59 minutes, mais tombent aux pires moments. Ce qui a changé, c’est la réponse de la direction face à cette grogne sociale qui commence à impacter les audiences de plusieurs émissions phares. Afin d’éviter l’accident industriel, France Télévisions s’est mis à externaliser la réalisation de tous ses rendez-vous hors information.

Car-régie et écran vert pour décor

Ce mardi, c’était donc le sort réservé à Télé Matin, qui comprend de nombreux flashs d’informations. Externalisés, les techniciens étaient installés dans un étroit car-régie. Lorsque le 20 Heures de France 2 ne peut être enregistré sur le grand plateau habituel, le présentateur se retrouve dans un studio de la taille d’une cabine de douche muni d’un écran vert afin d’y projeter électroniquement un décor virtuel, soit des conditions effectivement "particulières" pour la réalisation d’une telle émission. Dans une telle configuration, le journal télévisé ne peut plus accueillir des invités ou des journalistes en plateau.

Le mouvement social qui lutte entre autres contre l’externalisation des productions serait-il en train de favoriser - ou même accélérer - l’évolution qu’il combat ? C’est en tout cas l’avis de plusieurs journalistes de France 2 et France 3. "Les techniciens grévistes scient la branche sur laquelle ils sont assis "déplore l’un d’entre eux, d’autant que ces contrats d’externalisation seraient signés pour une durée minimale d’un mois.

Les élections approchent

Le mouvement social est porté par le personnel technique de France Télévisions, soit les monteurs, réalisateurs, cadreurs, régisseurs, éclairagistes et preneurs de son. Ils s’opposent au projet "Info 2015" de la direction qui vise à réorganiser les conditions de travail en vue d’unifier et de mutualiser les rédactions nationales de France 2 et France 3.

Du côté syndical, Serge Cimino, le délégué SNJ, rétorque que "le conflit s’enlise et va se durcir car la direction refuse de réellement négocier alors que les salariés estiment que le conflit ne peut pas prendre fin sans résultat. A l’approche des élections départementales, la direction ne peut pas se limiter à tout faire pour que rien ne soit perceptible à l’antenne. Au lieu d’avoir peur, elle doit entamer de véritables négociations par rapport à nos revendications".


Le plan "Info 2015"

Le projet d’unification des rédactions nationales de France 2 et France 3 est aussi un plan d’économies qui irait de pair avec des pertes de rémunérations ainsi que la suppression de jours de RTT pour les techniciens. Les salariés se plaignent aussi de "pauses artificielles" imposées entre deux enregistrements afin d’économiser en heures supplémentaires. Autre pomme de discorde, l’externalisation de la réalisation d’émissions. Les rendez-vous télés du service public sont de plus en plus nombreux à être produits chez des sous-traitants privés alors que le personnel exige une augmentation de l’activité en interne qui réduirait - selon eux - les structures de coûts fixes. Les délégués syndicaux craignent que cette évolution ne s’accompagne de nouveaux licenciements. Le mandat du président de France Télévision, Rémy Pflimlin, arrive à échéance en avril. Pour les syndicats, cette fin de règne expliquerait l’absence de réelles négociations. Pour l’heure, la grogne sociale n’a pas été ralliée par les journalistes de France 2 et France 3. Ceux-ci se contentent d’annoncer les raisons des perturbations à l’antenne, mais craignent que si les grèves ne perdurent, les téléspectateurs auront tendance à zapper pour suivre les JT sur les chaînes concurrentes.