L'animateur phare de Vivacité l'a annoncé en direct sur antenne ce lundi matin.

La polémique suscitée par le débat sur le viol lors de l'émission de vendredi aura été celle de trop pour Benjamin Maréchal. Pointé du doigt depuis longtemps, et à l'intérieur même de la RTBF, Benjamin Maréchal a décidé de quitter l'antenne. "Merci pour tout, c'était un privilège de travailler avec vous les gars", a-t-il lancé peu avant 9h à ses acolytes Thierry Luthers, Sara de Paduwa et Jérôme De Warzée. L'officialisation est tombée quelques minutes plus tard, au moment de présenter l'édition du jour du "C'est vous qui le dites".

"Je voulais vous parler en face-à-face avant que 'C'est vous qui le dites!' ne démarre. Cela fait 10 ans que nous commentons l'actualité, que je suis le confident de vos drames, parfois même le premier confident ce qui aura été un privilège. J'ai été l'oreille de vos avis, ceux qui m'ont fait réfléchir et j'ai parfois même entendu les pires horreurs. De tous ces moments, je suis fier à un point que vous ne pouvez pas mesurer. Cela fait des mois, bien avant les tempêtes que vous avez croisées dans les journaux ou les réseaux sociaux, que j'ai demandé à la direction de trouver du temps pour créer, imaginer, aller vous voir en vrai, faire autre chose que de discuter avec vous par téléphone. Est-ce que je suis lassé ? Cela m'est arrivé. Est-ce que j'ai été malmené ? Parfois, souvent mais ça fait partie du jeu. Ces 10 ans de 'C'est vous qui le dites !' m'ont permis de comprendre la société belge comme personne. Vous m'avez donné une connaissance de ce pays dont peu peuvent se vanter. Cette émission a été l'une de mes plus grandes joies professionnelles, à tel point que je me suis demandé si quelque chose de plus fort qu'un prime-time à la radio et à la télévision était possible. Après des mois de réflexion, j'ai enfin trouvé la réponse. La notoriété je l'avais, les plus fortes audiences, le succès à tout prix, alimenter Facebook, alimenter la presse, lire des vérités, lire des mensonges, on ne m'a parfois pas compris, j'ai parfois fauté comme tout le monde. Être au cœur du système, au cœur du réacteur et avoir un statut de vedette. Tout cela est grisant mais dans le fond ça n'a jamais été mon objectif. Tout ça pour moi n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui a de l'importance pour moi, et c'est pour ça que je vous parle ce matin, c'est de retrouver la vraie liberté, celle qui permet d'être libre de son chemin. En juin dernier j'ai demandé à la direction d'arrêter 'C'est vous qui le dites!', en janvier je l'ai redemandé. Je suis revenu à chaque fois parce que j'aime ce travail, j'aime avoir une emprise sur les choses. Aujourd'hui, je décide donc de m'arrêter. La RTBF m'a proposé un nouveau projet, un super truc, j'y ai réfléchi. Mais avec l'arrivée d'un enfant dans ma vie et avec la surcharge de travail que cela induisait, j'ai décidé de dire stop pour sortir des contraintes de la quotidienne. Loin des petites phrases, pour enfin bosser à ce que sera cette radio demain. Certains vont crier, qu'ils crient. Je ne suis pas l'homme que vous avez lu sur les réseaux sociaux, et ça ça suffit amplement à mon bonheur. Mon annonce va susciter beaucoup de commentaires et de questions. "

Eric Gilson, directeur de Vivacité, questionné par Benjamin Maréchal sur son éventuelle mise au placard ajoute ensuite : "Ce n'est pas notre volonté, pas notre souhait de vous éloigner de l'antenne. C'est votre demande, répétée qui a mené à cette décision. Il est vrai que l'on travaille sur différents projets, des projets d'évolution de 'C'est vous qui le dites!', qui a quand même plus de 10 ans mais aussi sur d'autres. On a compris qu'il fallait vous laisser du temps pour travailler sur ces projets en question et que nous devions vous libérer de ces contraintes multiples."

Une émission sur le viol au centre de la polémique

Benjamin Maréchal a ensuite demandé s'il avait commis des fautes au cours de l'émission relative au propos de Brigitte Lahaie. "Cette émission a suscité beaucoup de réactions et de commentaires bien souvent erronés. L'émission a permis de recueillir des témoignages poignants de personnes qui ont subi un viol et qui ont eu le courage d'en parler. Vous avez, vous et les intervenants, recadré le débat en disant que le viol est une terrible épreuve, un crime punit par la loi. Cependant le sujet a heurté la sensibilité de beaucoup de personnes et choqué certaines. C'est la raison pour laquelle la RTBF a présenté ses excuses, pour avoir pu choquer. Le but n'était pas de choquer sur une thématique aussi sensible."

Vendredi, l'un des débats concernait une déclaration de Brigitte Lahaie concernant le viol. Celle-ci avait déclaré quelques jours plus tôt qu'une femme "peut jouir lors d’un viol". Le débat fut repris par Benjamin Maréchal qui demandait aux auditeurs s'il était "techniquement possible de jouir lors d'un viol".

"Intolérable d’aborder un sujet aussi sensible et grave de cette manière" , a twitté M. Marcourt suite à l’émission sur VivaCité . "Pas acceptable pour un média du service public. J’interpelle l’administrateur général de la RTBF à l’instant." Dans le même temps, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) était bombardé de plaintes. Le CSA a reçu 45 plaintes à ce jour, ce qui est "assez exceptionnel", selon son porte-parole. On ignore encore si l'instance ouvrira une nouvelle instruction.

Cyril Detaeye reprend "C'est vous qui le dites"

"Est-ce que c'est vous qui le dites s'arrête ?", demande alors l'animateur contesté à son désormais ancien patron. "Non clairement pas", répond Eric Gilson. "Sur un média de service public, il est essentiel de conserver un espace de parole où les citoyens peuvent venir donner une opinion ou partager une expérience de vie. C'est une émission où on donne la parole à des experts mais pas qu'à des experts. Et c'est l'une des missions de service public. Je remercie Cyril qui a accepté de prendre la relève pour quelques temps, le temps que nous puissions travailler sur ces nouveaux projets."

En s'adressant à Cyril, présent en plateau pour reprendre l'émission, Benjamin Maréchal lui a souhaité "beaucoup d'amusement". L'animateur sur le départ a insisté sur le fait "qu'il était serein, ce matin, comme il ne l'avait jamais été, et enfin maître des événements." Enfin, aux auditeurs, il a adressé un "merci, merci, merci". Le dernier conseil donné par Benjamin Maréchal à son successeur a été "si tu as le choix entre un sujet sur les intercommunales ou sur les chats, prends les chats !".