Médias/Télé

Des associations et élus des départements français d'Outre-mer se sont offusqués mardi des propos de la romancière et chroniqueuse Christine Angot sur l'esclavage colonial et la shoah, lors d'une émission télévisée samedi soir.

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), interrogé mardi par l'AFP, a précisé avoir reçu plus de 900 saisines de téléspectateurs à propos de cette séquence de l'émission "On n'est pas couché" diffusée sur France 2.

Christine Angot y a déclaré que ce n'était "pas vrai que les traumatismes sont les mêmes, que les souffrances infligés aux peuples sont les mêmes".

"Le but avec les juifs pendant la guerre, cela a bien été de les exterminer, c'est-à-dire de les tuer, et ça introduit une différence fondamentale (...) avec l'esclavage des noirs (...) où c'était exactement le contraire. L'idée c'était au contraire qu'ils soient en pleine forme, qu'ils soient en bonne santé, pour pouvoir les vendre et qu'ils soient commercialisables."

Angot: "Je regrette"

Dans un communiqué envoyé à la presse, Christine Angot a tenté d'éclairer son point de vue. "Je regrette de ne pas avoir réussi à me faire comprendre dans l'émission du 1er juin et d'avoir blessé par mes propos. Mon intention était à l'opposé", explique-t-elle. "J'ai voulu rapprocher les deux crimes contre l'humanité que sont l'esclavage et la Shoah, tout en prenant soin de spécifier la différence fondamentale de méthode dans la déshumanisation. (...) "Mon travail est de me faire comprendre. Je m'excuse d'y avoir échoué. Il me tenait à coeur d'éloigner la concurrence victimaire dont certains." jouent ", conclut-elle.

Le monde politique réagit

Ces propos "sont susceptibles d'être qualifiés de révisionnistes et de négationnistes des crimes contre l'humanité qu'ont été la traite négrière et l'esclavage colonial", a réagi mardi Olivier Serva, député de l'île de La Guadeloupe, dans les Antilles françaises.

"En sus de la relativisation des souffrances endurées pendant plus de quatre siècles par les victimes de la traite négrière et de l'esclavage colonial, ces propos inadmissibles ravivent une concurrence des mémoires que le travail commun des associations était parvenu à apaiser", ajoute-t-il, estimant que ces propos méritaient "une condamnation judiciaire".

Dans un communiqué commun, le conseil représentatif des Français d'Outre-mer, la coordination des associations d'Outre-mer (Caom) et le comité Marche du 23 mai 1998 (date d'une grande marche silencieuse de 40.000 personnes à Paris pour les victimes de l'esclavage) ont déploré des propos "absurdes" : "il n'y a pas de hiérarchie dans la souffrance générée chez les victimes de crimes contre l'humanité et leurs descendants !".

La romancière "heurte la mémoire des descendants d'esclaves", ajoutent-ils, soulignant que leurs "aïeux ont connu les privations, les fers et le fouet, des conditions de vie qui ne préservaient en rien leur 'bonne santé'".


"Madame Angot, l''idée de l'esclavage des noirs' c'est plutôt que les esclaves étaient des biens meubles, que leur humanité a été niée, durant des générations", a déjà rappelé lundi, l'ancienne ministre des Outre-mer Ericka Bareigts, députée socialiste de La Réunion, dans un tweet.


La Toile s'insurge aussi...

A noter qu'il n'y a pas que le monde politique qui a réagit à la sortie de Christine Angot. Sur Twitter, de nombreuses célébrités ont manifesté leur colère. C'est notamment le cas du basketteur français évoluant en NBA Rudy Gobert.


Le footballeur Didier Drogba a lui aussi tweeté.


Mais de nombreux internautes ont également réagi.



Laurent Ruquier annonce des changements pour la saison prochaine

Suite à la polémique, Laurent Ruquier a tenu à défendre sa chroniqueuse sur les réseaux sociaux.


Mais il a ensuite tweeté ce mardi pour annoncer du changement la saison prochaine. "La saison prochaine , les journalistes, éditorialistes ou témoins de l’actualité qui seront présents sur le plateau seront différents chaque semaine", a-t-il ainsi déclaré sur Twitter.


Charles Consigny et Christine Angot ne seront donc plus chroniqueurs. Contacté par 20 Minutes , le présentateur d'ONPC assure que cette décision a été "prise il y a plusieurs semaines déjà. J’attendais qu’on me pose la question pour y répondre !". Il ne s'agirait donc pas d'une conséquence directe de la polémique.