C’est une enquête au long cours, digne des romans d’espionnage, naviguant entre services secrets libyens et sud-africains, hommes politiques, ou mercenaires. Deux journalistes néerlandais, Misha Wessel et Thomas Blom, se sont mis sur la piste d’une fortune colossale estimée à 150 milliards de dollars, que le colonel Kadhafi a eu le temps de dissimuler à l’étranger juste avant d’être capturé et tué en Libye en octobre 2011. Et ce, après des mois d’affrontements entre ses soutiens et les forces rebelles.

À la tête de la Libye depuis 42 ans, le dictateur avait amassé un trésor en liquide grâce aux réserves pétrolières du pays. Au moment du Printemps arabe, Mouammar Kadhafi a pris soin de mettre à l’abri une grande partie de ses actifs.

Un espion assassiné

Cette enquête se concentre sur l’Afrique du Sud. C’est à l’aéroport de Johannesburg que George Darmanovic, un espion sud-africain proche du président Jacob Zuma (qui a démissionné depuis pour corruption), affirme avoir assisté à l’arrivée de 12,5 milliards de dollars en espèces, juste avant que la vague du Printemps arabe n’atteigne la Libye.

Il témoigne dans ce film à visage découvert, mais en mai 2018, six semaines après sa rencontre avec Thomas Blom à Belgrade, il est abattu en pleine rue. Cet assassinat est un des multiples rebondissements de cette affaire trouble, complexe à relater.

Des "chasseurs de trésors"

Les journalistes d’investigation se sont concentrés sur deux équipes de "chasseurs de trésors", appâtés par la récompense promise par le gouvernement libyen, soit 10 % du montant des sommes rendues à Tripoli. Où l’on suit un homme d’affaires tunisien proche de l’ancien régime libyen, Erik Goaied, associé à un trafiquant d’armes sud-africain, Johan Erasmus.

Voilà pour la première équipe. La seconde se compose, notamment, de Tito Maleka, compagnon de prison de Nelson Mandela à Robben Island, chef de la sécurité du Congrès national africain (ANC). Tous essaient de convaincre le monde qu’ils agissent pour le bien du peuple libyen, qui manque de tout dans un pays en plein chaos. Tous les chemins mènent, aujourd’hui, à Jacob Zuma.

A-t-il fait transiter l’argent libyen vers l’Eswatini (ex-Swaziland) ? L’ancien président sud-africain a refusé toute interview. L’enquête, captivante plongée dans un monde interlope, s’arrête là. Mais elle a permis, notamment, de lever un coin du voile sur la manière dont Kadhafi finançait les campagnes de chefs d’État étrangers, dont Mandela.