C'est Charles Picqué qui répond à un journaliste de notre Libre : "Je pense qu'un certain nombre d'idées que nous mettons en avant depuis longtemps ont maintenant percolé." Le verbe intransitif "percoler" est un terme didactique qui signifie circuler au travers d'une substance par la pression. Haroun Tazieff l'utilise de manière propre dans "Histoire de volcans" : "Plus la lave sera fluide, plus aisément les gaz - primitivement dissous puis libérés par la décompression - pourront percoler au travers pour s'échapper dans l'atmosphère." On comprend très bien le passage au figuré, comme dans ce texte de Pierre Eyben à propos de l'évolution de la société de communication : "Un peu comme pour le combat contre l'agression publicitaire ou contre l'intrusion massive des GSM, on recueille lorsque l'on s'attaque à un phénomène de société comme la télévision de nombreuses réactions agressives. C'est que la télévision a en 50 années percolé au coeur même de la société et de notre quotidien." Le percolateur est l'appareil qui sert à faire du café en grande quantité par percolation. La percolation est la circulation d'un fluide à travers une substance, par la pression. Le percolateur n'a pas tardé à devenir un "perco" évidemment, même si d'un usage collectif dans un café il a fait son entrée aussi chez les particuliers : "Il n'a pas fini d'attacher ses bretelles que déjà il prépare le café. Il apporte à la toilette du "perco" tous les soins qu'il marchande à la sienne. Le "perco" rayonne comme un phare. Dans ses flancs, l'eau bouillonne, une vapeur embaumée s'en échappe. Tout est prêt. Les locataires partiront au travail avec un bon "jus" dans le ventre." (Eugène Dabit, "Hôtel du Nord")