"Plogoff, commune située à l’extrême ouest de la Bretagne n’est pas un lieu de passage. C’est une destination rêvée pour un séjour inoubliable. C’est un itinéraire idéal pour une escapade le long des chemins côtiers ou de grande randonnée qui vous emmèneront jusqu’à la grandiose Pointe du Raz labellisée Grand Site de France, tout en découvrant le savoir-faire et l’astuce des habitants dans leur lutte pour préserver une nature qui inspire l’humilité", peut-on lire sur le site officiel de la ville de Plogoff, petit bourg breton de maisons blanches de granit et d’ardoise. Pour promettre aux passants un lieu de paix, de beauté, il aura fallu aux habitants et à son maire, mener une lutte exemplaire, tous unis, tous solidaires.

L’histoire remonte au matin du 12 décembre 1974. En ouvrant leur journal, les habitants de Plogoff découvrent qu’EDF veut construire chez eux la plus puissante des centrales nucléaires du pays : 4 réacteurs de 1300 mégawatts chacun, face à la mer d’Iroise. Le combat semble perdu d’avance. S’opposer à EDF, c’est s’opposer à l’État. L’indépendance énergétique est devenue un véritable enjeu pour le pays après le choc pétrolier. Le gouvernement français s’engage dans un plan d’envergure en faveur du nucléaire civil avec, pour objectif, la construction de 170 réacteurs d’ici l’an 2000. Mais les Bretons ne se résignent pas. Au printemps 75, le conseil municipal se réunit. Le "non" à la centrale l’emporte à 18 voix contre 1. Le maire, Jean-Marie Kerloc’h, va transmettre cet acte officiel à la présidence. Pour lui, l’affaire est réglée.

David contre Goliath

La petite ville du Finistère a beau manifester son opposition par une voix démocratique, elle n’est pas entendue par la puissante détentrice d’énergie. La construction de la centrale devient de plus en plus inéluctable. Pour faire capoter le projet d’EDF, tantôt arrogante, tantôt menaçante, tantôt séductrice, le maire et ses concitoyens vont entrer en résistance. L’édile, qui a servi l’État durant toute sa carrière au sein de la marine nationale, va désobéir.

Il faudra compter 7 ans de lutte, de 1974 à 1981, 6 semaines d’affrontements au début des années 1980, pour défaire EDF et décrocher une victoire historique. Le documentaire de François Reinhardt relate un combat particulièrement inspirant qui pourrait bien, aujourd’hui encore, servir d’exemple.