Des auditeurs se plaignent de propos déplacés de l’émission de France Inter.

Alertés par les plaintes des auditeurs du Masque et la Plume, notamment auprès du médiateur de France Inter, nos confrères de Médiapart ont décidé de réécouter les échanges entre les chroniqueurs de l’émission de France Inter, créée en 1955.

Et ils ont dressé une liste indigeste - par effet de cumulation -, de propos sexistes, misogynes, de stéréotypes sur les Noirs, les "Beurs", les homosexuels, la banlieue. Petit florilège à partir des 96 émissions examinées à la loupe depuis 2011, date à partir de laquelle elles sont disponibles en ligne.

Le journaliste Jean-Louis Ezine (L’Obs) moque longuement ces femmes battues, puis ajoute :

"La seule chose positive qu’on pourrait dire, Jérôme, à propos de ces héroïnes, qui sont des femmes…

- Des femmes battues, tu m’as interrompu, le coupe Jérôme Garcin.

- Justement, elles sont tellement bêtes qu’on est content qu’elles soient battues", lance Ezine en riant.

Sexisme, racisme et gaudriole

Autre extrait. Saluant le film Spotlight, qui traite des affaires de pédocriminalité dans l’Église, Xavier Leherpeur éclate de rire en se félicitant qu’il n’y ait "aucun flash-back sur des gamins en larmes qui sortent en courant et en culotte courte du presbytère, où on devinera que le prêtre a eu la main baladeuse". Les chroniqueurs s’esclaffent.

Autre extrait. Commentant le film Divines, de Houda Benyamina, Éric Neuhoff présente la réalisatrice comme "la fille à Cannes", qualifie son discours au festival (où elle a remporté la Caméra d’or) d’"hystérique", son film de "collection Arlequin dans le 9-3", et introduit les comédiennes comme "la Noire" et "la Beurette" : "La Noire qui joue la copine est formidable, mais en revanche je trouve que l’héroïne, la Beurette, elle joue comme une patate]…]. Enfin, elle est un peu gênante." Seul Xavier Leherpeur réagit : "Est-ce qu’on peut citer le nom de la comédienne que tu as appelée ‘la Noire’, ce serait bien : Déborah Lukumuena. Non mais c’est bien, elle avait un nom avant, elle a un nom après."

"Ces propos sont moins nombreux lorsque le plateau tend davantage vers la parité." Composé uniquement de "critiques blancs, de nombreux journalistes de plus de 60 ans et d’une majorité d’hommes, le Masque a opéré récemment un rééquilibrage vers la parité (13 hommes, 10 femmes)" précise Médiapart.

Laurence Bloch, directrice de France Inter et Jérôme Garcin se défendent avec deux arguments : la liberté d’expression et la dimension théâtrale du Masque.

On peut toutefois s’interroger sur l’esprit de beaufitude et la pertinence de critiques chaotiques. Le CSA nous a confirmé qu’aucun auditeur ne les avait saisis directement et que, de leur côté, il ne pouvait pas instruire de dossier à partir d’un article de presse.