Médias/Télé ENGRENAGE FATAL

Après l’énorme frustration créée à la fin de la première saison, l’affaire Rosie Larsen contée dans The Killing H H H reprend, ce soir sur Be1, exactement où nous l’avions laissée : à l’agression contre le candidat Richmond (Billy Campbell) soupçonné, à tort, d’être le meurtrier de la jeune Rosie. Mitch (Michelle Forbes) a quitté sa maison où elle ne supportait plus le poids de l’absence de sa fille, laissant Stan (Brent Sexton) et ses deux fils sans nouvelles.

Malgré les coups durs et les fausses pistes, l’inspectrice Sarah Linden (Mireille Enos) n’entend pas lâcher l’affaire. Après 13 jours (un épisode par jour), toute l’enquête doit pourtant être reprise à zéro, mais cette perspective, loin de la décourager, la trouve encore plus déterminée.

Il faut éviter toute comparaison. Et, même si c’est très compliqué, faire comme si cette affaire Rosie Larsen n’était pas la transposition américaine, mais la petite cousine de l’affaire Nanna Birk Larsen. Car au-delà même de la question du nombre d’épisodes (26 en tout contre 20 dans la version danoise) et de l’identité du meurtrier, les différences pullulent.

Pourtant une chose demeure, la plus importante : le caractère envoûtant de cette enquête. Dans la version US, on est davantage dans le fiasco, l’engrenage fatal, la culture du mensonge, les magouilles politiques et la dissimulation, là où "Forbrydelsen" était bâtie sur l’errance, la tragédie humaine et la tension psychologique constante. Le modèle danois est encore plus étoffé (presque étouffant) et complexe que son disciple, malgré d’évidentes dispositions américaines. Parce que, soyons clairs, Mireille Enos (Sarah Linden) est formidable dans son rôle d’enquêtrice obsessionnelle et jusqu’au-boutiste et les partitions interprétées par les parents Mitch et Stan Larsen (la douleur, la colère, la dérive et le deuil) sont d’une incroyable justesse, comme celle de Stephen Holder (Joel Kinnaman), partenaire nébuleux et résolument marginal de Linden.

Et cela, même si le casting danois a ce côté à la fois inéluctable et proche, universel qui embarque le spectateur malgré lui. Disons que la version américaine, bluffante lorsqu’il s’agit d’abandonner ses vieux réflexes à l’image (ambiances grises, délavées, presque suintantes, personnages bien loin du charisme hollywoodien, errements policiers), est parfois reprise par de vieux démons narratifs pour bâtir les récits secondaires (cf. les problèmes personnels de Linden).

La grande réussite de Veena Sud est d’être parvenue à créer un récit qui ne ressemble pas, a priori, à une série américaine même si quelques accents demeurent, qui s’éloignent pourtant suffisamment du style "procédural classique" progressant grâce aux actions, révélations et contretemps.

Créatrice de l’excellente "Cold Case", série spécialiste des atmosphères contrastées, Veena Sud réussit à transposer à l’écran une Seattle qui suinte de la première à la dernière image : il y fait froid, humide, détrempé, le paysage est délavé comme la vie des protagonistes, à un point tel qu’on ne sait plus très bien où l’on se trouve. Cette patrie de la pluie existe-t-elle vraiment ? Les trombes d’eau effacent les repères des acteurs comme ceux des spectateurs.

Consciente du succès de son modèle à l’international, The Killing US ose un développement différent, dans cette seconde partie d’enquête, qui mènera à un meurtrier inédit, histoire de maintenir le suspense pour ceux qui auraient suivi l’affaire originelle danoise. Et au cas où vous vous poseriez la question : oui, le voyage vaut largement le détour.