Le drame du Darfour s’apprête à déborder du cadre des informations télévisées américaines, où sa couverture est plus que réduite. Il entre dans l’univers de la fiction, à travers un épisode de la série médicale culte "Urgences".

Jeudi, en moins d’une heure, la diffusion d’un épisode de la série de NBC quadruplera ainsi le temps d’antenne consacré cette année par les trois grands journaux du soir au conflit qui ensanglante le Soudan depuis 2003: mis bout à bout, le temps d’info des networks NBC, ABC et CBS, concernant le Darfour ne dépasse pas les dix minutes.

"ER" -pour "Emergency room", nom de la série en anglais- plonge le Dr Gregory Pratt (Mekhi Phifer) au coeur de l’horreur du Darfour avec son ancien collègue, le Dr John Carter (Noah Wyle). Objectif: sensibiliser le téléspectateur américain à l’immense détresse des population dans l’ouest soudanais, où le conflit politico-ethnique a déjà fait plus de 180.000 morts et déplacé deux millions de personnes.

Dans un camp pour personnes déplacées, une mère s’adresse au Dr Carter, au sujet de son enfant atteinte d’hépatite: "Elle veut savoir si sa fille va mourir aujourd’hui ou demain", traduit l’interprète. Carter hésite, mais ne peut nier le caractère inévitable de cette mort à venir.

"Le Darfour est un exemple criant d’une situation que les gens ne connaissent pas assez, qu’ils doivent connaître davantage", observe le producteur exécutif d’"Urgences", David Zabel.

L’audience potentielle est importante. Les journaux d’information des networks sont respectivement suivis par sept à neuf millions de téléspectateurs. "ER", entrée dans sa 12e saison, attire en moyenne plus de 12 millions de personnes, même si elle n’est plus une des séries bénéficiant de la plus forte audience.

L’épisode "There are no Angels Here" (il n’y a pas d’anges ici) est diffusé à l’heure où le Darfour fait l’objet d’une attention accrue: les négociations de l’accord de paix entre Khartoum et les rebelles sont dans leur dernière ligne droite.

La force magnétique de la célébrité est loin d’être étrangère au regain d’attention américain sur le calvaire du Darfour. De retour d’Afrique, l’acteur-réalisateur George Clooney, devenu star grâce à "Urgences", a témoigné sur le Darfour dans plusieurs émissions d’informations, notamment sur CNN et ABC. Dimanche à Washington, Clooney s’est joint à des célébrités, personnalités politiques, dirigeants religieux et manifestants pour souligner la gravité du conflit et exhorter Washington à plus s’impliquer. Le président George W. Bush les a soutenus, jugeant que le "génocide au Soudan est inacceptable".

Cependant, "Urgences" ne prend pas en marche le train d’une cause désormais à la mode. Le travail sur le Darfour, culminant jeudi après avoir été introduit par de précédents épisodes, a débuté il y a huit mois, alors que la série a déjà été marquée par un départ du Dr Carter en Afrique dans le cadre de la lutte contre le SIDA.

Médecins sans frontières (MSF), conseiller sur l’écriture du script, salue cet épisode. "Il y a si peu d’espace dans l’information traditionnelle pour les sujets humanitaires que "c’est vraiment formidable lorsqu’une série populaire comme "ER" tente "de montrer les défis d’une situation" comme celle du Darfour, souligne Kris Torgeson, porte-parole de MSF.

Cet épisode a été essentiellement tourné dans le désert sud-africain, pour quelque sept millions de dollars (5,5 millions d’euros), soit plus du triple du coût habituel. Et, histoire d’offrir une note d’espoir dans toute l’horreur, les auteurs ont imaginé parmi les personnages un couple frappé par la guerre, mais dont la jeune femme attend un enfant...