La tension est maximale dans les locaux de "Libé", en proie à de graves difficultés financières. Jeudi, le directeur de la publication, Nicolas Demorand, a officialisé sa démission. Dans la foulée, Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles du journal, n'a pas été avare en critique envers ses collègues. Sur les plateaux télé, il a notamment pointé l'incapacité des journaliste de Libé à prendre le virage du numérique. "Je suis un réseau social", disait-il même sur Canal+ (voir la vidéo ci-dessous). La Libre Belgique a posé trois questions à Jean Quatremer.

Que pensez-vous de la décision de Nicolas Demorand de démissionner ?

Son départ était devenu inévitable, la grande majorité de la rédaction lui imputant la responsabilité de la crise actuelle. Tout dialogue était rompu depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, donc je pense qu’il en a sagement tiré les leçons. Maintenant, je ne pense pas qu’il soit le seul responsable de la crise. Pour moi, on lui fait porter un chapeau beaucoup trop grand pour lui.

Avez-vous senti venir cette crise depuis votre poste à Bruxelles ?

Bien entendu. Quand on est à l’extérieur depuis longtemps, on voit plus facilement le mal dont souffre son journal. Et j’ai pu voir l’inadaptation totale de "Libération" au monde des médias. Une grande partie de la rédaction n’a toujours pas de compte Twitter, n’a pas de blog et ne produit quasiment aucun papier pour le site Internet. Ils continuent à penser qu’ils évoluent dans un quotidien du XXe siècle.

Pour vous, les changements proposés par les actionnaires sont-ils indispensables afin de garantir la viabilité économique d’un journal ?

Tout à fait. Regardez "The Guardian" en Angleterre ou "Die Tageszeitung" à Berlin, ils ont ouvert des espaces pour accueillir leurs lecteurs et ont lancé des produits dérivés. Ils ont développé une marque et créé un attachement à celle-ci. C’est ce que nous devons faire aussi chez nous. Nous devons accepter que le journal papier n’est plus le seul produit, mais un des éléments d’un ensemble "Libération". Nous devons sortir de notre tour d’ivoire, le journalisme "ex cathedra" est mort.


Sur Twitter, c'est littéralement la foire d'empoigne entre journalistes, avant un appel au calme du directeur-adjoint de la rédaction.