Documentaire. La Une, 20h20.

Au lendemain d’un sondage CSA-"Le Monde", qui affirme qu’une majorité de jeunes de 18 à 24 ans (26 %) votera pour Marine Le Pen au premier tour des élections présidentielles françaises, ce documentaire de Caroline Fourest, diffusé ce soir dans "Questions à la une" (après un sujet consacré à la montée de l’islam en Belgique que nous n’avons pu voir), tombe à pic.

Alors que, depuis son accession à la présidence du FN en janvier 2011, les médias français se sont faits assez tendres avec Marine Le Pen, présentée comme la voix des "braves Français malheureux" (de Guy Carlier à Robert Ménard en passant par Gilbert Collard), faisant de facto du Front national un parti de plus en plus respectable, Caroline Fourest a continué à faire de la résistance aux idées de l’extrême droite française, qui s’instillent toujours plus dans le discours de la droite traditionnelle. Avec Fiammetta Venner, elle a publié l’année dernière chez Grasset une biographie à charge de "Marine Le Pen". Les deux journalistes ont adapté leur enquête en un documentaire de 52 minutes, déjà diffusé en décembre dernier sur France 2. Un portrait fouillé et très documenté imparable de la candidate frontiste.

D’un ton posé, Fourest attaque point par point les idées de Marine Le Pen et la met face à ses contradictions. Ou, plutôt, révèle les petits arrangements et autres amalgames qui se trament au sommet du FN pour dédiaboliser le discours vis-à-vis du grand public, tout en restant, auprès des militants, toujours aussi dur et extrême. Parmi les témoignages les plus révélateurs, celui de Lorrain de Sainte-Afrique se révèle très éclairant. Conseiller pendant dix ans de Jean-Marie Le Pen, il dénonce aujourd’hui "tout un travail assez cynique dans l’arrière-boutique pour proposer un discours qui corresponde à l’air du temps". Ainsi des références républicaines ou à la laïcité dans le discours de celle qui a su se faire un prénom, son nom de famille trop sulfureux ayant disparu des banderoles dans les meetings. Pourtant, le FN a longtemps été le seul parti important à refuser la laïcité, ouvrant ses réunions publiques jusqu’il y a peu par une messe traditionaliste

Ce que met en lumière l’enquête de Fourest, c’est en effet que, derrière l’image policée que s’est construite Marine Le Pen - c’est déjà elle qui avait dirigé la campagne plus posée de son père en 2002, qui l’avait vu accéder au second tour de la présidentielle - se cachent toujours les mêmes démons. Dans l’entourage proche ou moins proche de la présidente du FN, on trouve en effet des skin-heads prônant le "nationalisme révolutionnaire", des associations de chrétiens intégristes militant contre le droit à l’avortement ou le blasphème, un soutien affiché du président syrien Bachar al-Assad ou encore des hommes politiques au discours antisémite ou anti-islamiste affiché De même, si elle semble prendre ses distances avec certains propos outranciers de son père, jamais elle ne les a condamnés

Marine Le Pen est-elle donc cette représentante d’une droite dure modernisée qui plaide désormais pour un Etat fort (là où le Front national a toujours été ultra-libéral) ou l’héritière de son père ? Pour Caroline Fourest, la question est tranchée. Et c’est sans doute justement dans cette manipulation de l’image et du discours qu’elle se montre plus dangereuse encore que Jean-Marie Le Pen. Car si, lui, se voyait avant tout comme un opposant au système, elle, peut rêver d’accéder au pouvoir