Cela fait 82 ans que la guerre d’Espagne est terminée, mais elle fait encore beaucoup parler dans la péninsule ibérique. Le documentaire de France Télévisions, co-produit, entre autres, par la RTBF, met en lumière, de manière didactique et très précise, grâce à une réalisation sobre de circonstance et de nombreux spécialistes (archéologue, historienne, journaliste…) la polémique du "Valle de los Caídos" ou "Vallée de ceux qui sont tombés", en français.

Situé dans la Sierra de Guadarrama à une cinquantaine de kilomètres de Madrid, ce monument a été construit par le régime franquiste pour commémorer sa victoire lors de la guerre civile espagnole. Jusqu’en 2019, le corps du dictateur Franco y reposait. Ses fans nostalgiques aimaient s’y recueillir.

Des Républicains déplacés

Si sa dépouille a, aujourd’hui, été transférée vers un cimetière de la banlieue de Madrid, la polémique n’est pas totalement étouffée. Sur le site du monument, reposent en effet 34 000 corps. Des victimes franquistes, mais aussi républicaines. Les dépouilles de plus de 10 000 opposants républicains, avaient, ainsi, été exhumées de plusieurs fosses communes et transférées au "Valle de los Caídos" sans le consentement des proches.

Xavier Villetard et Jacquie Chavance ont rencontré des descendants qui se battent aujourd’hui pour parvenir à identifier le corps de leurs aïeux et les retirer de ce mausolée, construit, en partie, par des prisonniers républicains forçés.

Il n’est pas toujours facile de parvenir à identifier les corps car certains squelettes sont mélangés, en raison du poids des années et de l’humidité. Dans une interview passionnante, une anthropologue et légiste explique comment, elle et ses collègues, y parviennent malgré tout.

Ne pas oublier

Ce documentaire a le mérite de mettre en lumière d’autres témoignages forts. Comme lorsqu’une femme raconte que sa grand-mère a assisté à l’exécution de son mari. Suite à ce drame, sa mamie a fait une hémorragie cérébrale, selon ses dires, et n’a plus jamais été capable de parler correctement.

Si les familles se battent, c’est pour que l’Espagne regarde en face son passé sombre. La guerre civile est enseignée à l’école, mais pas la dictature, selon un journaliste interrogé. Certains jeunes sont, aujourd’hui, nostalgiques d’une période qu’ils n’ont pas connue. Comme en témoigne l’émergence du parti Vox. La formation d’extrême droite est devenue la troisième force politique du pays lors des dernières élections législatives.