Elle dispose de 700 milliards d’actifs, soit deux fois le budget de la France, emploie 3000 "moines-banquiers" et affiche pour seuls clients des Etats et des multinationales. Goldman Sachs a tissé son réseau d’influence dans tous les secteurs : industrie, services, institutions internationales, gouvernements et groupes de pression. Elle est devenue une sorte d’Etat dans l’Etat échappant à toute forme de contrôle démocratique.

Incarnant "le côté obscur de la finance internationale, le Dark Vador de Wall Street", cette mégabanque a pris le pouvoir aux Etats-Unis et en Europe (peu de décisions semblent être prises sans elle). Pour Goldman Sachs, le monde est devenu comme un immense casino où tous les coups semblent permis. Au risque, souvent, de flirter avec l’illégalité.

Pour révéler le fonctionnement obscur de Goldman Sachs, Marc Roche, correspondant du "Monde" à Londres, spécialisé en économie, auteur de "La Banque - comment Goldman Sachs dirige le monde", et le réalisateur Jérôme Fritel ont mené l’enquête. Afin de dévoiler la puissance financière et politique de ce "supermarché de la spéculation et des risques", ils ont recueilli le témoignage, à visage découvert, d’anciens employés de Goldman Sachs, de banquiers concurrents, de leaders politiques, d’économistes, de représentants d’institutions internationales, et de journalistes spécialisés. Les anciens décrivent la culture d’entreprise de Goldman Sachs comme "un mélange de culte du secret, de goût du risque, où l’argent règne en maître". Recrutés parmi les meilleurs, les banquiers de chez Goldman sont assurés d’un train de vie de millionnaires.

Produit par Capa, Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde est un documentaire incisif, construit comme un polar, avec une mise en images très travaillée malgré un sujet pourtant aride. Autre atout : le propos est accessible au plus grand nombre, jusque dans les subtilités de la finance internationale. Ce que l’on retient, cependant, c’est essentiellement la dimension politique. Et les méthodes de voyou du groupe financier : incarnant les excès et les dérives de spéculation, Goldman Sachs s’est notamment enrichie pendant la crise des subprimes, en pariant sur la faillite des ménages américains. Le "casse du siècle" a permis à la banque d’engranger, en 2007, 13 milliards d’euros de bénéfices après avoir provoqué la ruine de ses propres clients lors du scandale Abacus. Elle a aussi participé à la crise de l’euro en maquillant les comptes de la Grèce d’abord, en pariant contre la monnaie unique ensuite.

Le site Internet consacré au sujet, www.arte.tv/goldman-sachs, permet d’aller plus loin encore, par le biais d’extraits vidéo d’entretiens complémentaires. Par exemple, le journaliste américain Frederick Kaufman explique très clairement comment la spéculation sur le marché des denrées alimentaires, opérée sans états d’âmes par Goldman Sachs, a eu des conséquences désastreuses, notamment dans de nombreux pays en voie de développement.