Issue de la petite bourgeoisie bruxelloise, Sonia est entrée dans le monde de la prostitution «par hasard», à l'âge de 21 ans. Au départ, derrière la caisse d'une maison close, la jeune fille brasse de grandes sommes d'argent, entend les flatteries des clients, savoure la gaieté qui règne la nuit et, surtout, admire l'humanité de sa patronne qui prend soin des filles comme de ses propres enfants. C'est tout naturellement qu'elle décide de franchir le pas.

Trente ans plus tard, Sonia ne regrette pas. Bien dans sa peau - sa mère et son fils connaissent la vérité sur son métier -, elle aime troquer ses Doc Marteen's, jeans et gros pulls pour un visage parfaitement maquillé, de fins escarpins et une robe noire attractive. Puis, elle s'installe dans son grand fauteuil en osier, allume une cigarette et attend, exposée derrière sa vitrine...

Avec Sonia ** (Arte, 22h10), la réalisatrice Nathalie Delaunoy a voulu dépasser la prévention ordinaire à l'encontre de la prostitution, généralement envisagée comme un asservissement et un enfer. Pour cela, la caméra de la réalisatrice, discrète, s'est trouvé une petite place près du fauteuil où se love Sonia, derrière sa vitrine. C'est dans cette atmosphère, intime et rassurante, que celle-ci (âgée aujourd'hui de 52 ans) se livre à coeur ouvert sur sa longue expérience - confidences interrompues par les visites des clients. Eux ne sont pas filmés, la caméra restant alors fixée sur le fauteuil vide. Au fil de leurs rencontres, la réalisatrice prend conscience que chez Sonia, la frontière entre vie privée et vie professionnelle est mince. La prostituée veut pouvoir rentrer chez elle sans se sentir ni «pute» ni «sale». Pour elle, son métier relève d'une nécessité et d'un droit, qu'elle revendique haut et fort. «Sonia», notons-le, est une coproduction d'Arte avec la RTBF.

© La Libre Belgique 2005