Avec 5,5 millions de fidèles au compteur, le dimanche soir aux Etats-Unis (près de 7 millions, si on tient compte de la rediffusion), la santé de “Game of Thrones” (GoT) n’a jamais été aussi florissante. Bonne nouvelle pour HBO qui a misé gros sur cette nouvelle saison, lancée avec fracas le 31 mars dernier. On parle de 60 millions de dollars mobilisés, chiffre que la chaîne se refuse à confirmer.

Fruit d’une saga littéraire monumentale, le projet avait de quoi donner des sueurs froides aux producteurs les plus raisonnables. Univers épique impressionnant, la saga du “Trône de fer” pouvait même sembler difficilement adaptable pour le petit écran. Le récit de cette lutte intestine de pouvoir entre sept royaumes contrastés implique une démultiplication des lieux et des personnages, forcément spectaculaire : climats aux antipodes, déserts et mers gigantesques, forêts insondables, gouffres et murs infranchissables, diversité des mœurs et des peuples, croyances, divinités, donjons, dragons et même morts-vivants…

Difficile d’imaginer univers plus foisonnant ! Mais grâce au soutien indéfectible de son créateur originel, George R.R. Martin, et à la foi inébranlable de ses re-créateurs D.B. Weiss et David Benioff, le pari est relevé haut la main. Si l’on en croit la horde de fans qui avaient déjà dévoré les épais volumes de cette nouvelle bible d’epic fantasy. La grande réussite d’HBO est donc d’être parvenue à rallier à la cause de GoT des millions de fans qui, au départ, en étaient parfaitement éloignés. Pourtant, certains irréductibles résistent encore… et on ne parle pas de ceux qui n’auraient pas encore eu vent de l’affaire. Tout en saluant la qualité des décors, l’impressionnante galerie de personnages, l’inventivité, le sens du récit et le goût du risque de “Game of Thrones” (la première saison voit en effet la mise à mort de l’un des personnages les plus emblématiques et les plus admirés de tout Westeros), certains reproches peuvent lui être adressés. En voici la liste (non exhaustive) établie au péril de notre vie…

1- Le cahier des charges solidement formaté de cette bataille d’egos qui vise, in fine, à conquérir le pouvoir suprême. Il y a dans tout ceci une succession de luttes intestines et de batailles rangées un tantinet systématiques. Et l’on sent bien que la plupart des épisodes sont bâtis sur l’attente (lassante ?) de cette confrontation “imminente”. On le sait : “le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument” mais il semblerait que la série ait décidé d’en apporter la preuve compulsivement.

2 – Sombre et violente, la saga est bien sûr le reflet de son époque (un Moyen âge européen fantasmé et transposé) et des sanglantes batailles de pouvoir qu’elle a(urait) pu engendrer. Mais il faut bien lui reconnaître, aussi, une certaine complaisance dans la manifestation de cette cruauté, voire même d’une barbarie assumée qui se manifeste l’égard des plus faibles (femmes, prostituées, enfants).

3 – Qui dit distribution pléthorique dit forcément frustration énorme lorsqu’il s’agit de suivre les démêlés de chaque protagoniste perdu aux confins du Royaume. Résultat : on regrette de voir disparaître, durant des épisodes entiers, certains personnages clés (comme l’excellent Peter Dinklage, photo) au profit d’autres en pleine ascension tandis qu’on peine à s’attacher aux plus infâmes voire aux plus transparents d’entre eux.

4 – Le sexe ayant toujours été un instrument de pouvoir et d’alliance, l’abus de celui-ci, comme arme de soumission ou de vengeance, semble y être fortement recommandé.

5 – Sorcières, intrigantes, jouvencelles ou conquérants, les femmes ont rarement le beau rôle dans cette saga, mais au regard des cataclysmes qui frappent leurs contemporains mâles, on hésite à établir une échelle du pire. Seules exceptions à la règle (mais à quel prix ?) : la jeune Arya Stark déguisée en manant pour tenter d’échapper à ses poursuivants et espérer reconquérir le pouvoir; et Daenerys Targaryen, jadis vendue à un colosse sauvage, en passe de devenir une reine respectée, grâce à son armée d’esclaves et à ses dragons.

6 – “Vous qui entrez ici, perdez tout espoir” pourrait être inscrit au fronton de ce monde qui semble menacé par d’immenses tourments, au Nord comme au Sud. Sans même songer aux rivalités des multiples familles en présence, la menace de l’hiver meurtrier (“Winter is coming”) et des White Walkers opposée à celle de la destruction par le feu, manié par Daenerys et ses dragons, rend toutes ces luttes parfaitement stériles et même un peu désespérantes…