CORRESPONDANTE À PARIS

C'est une bataille. Avec ses soldats, ses armes, ses engins, ses morts, ses blessés, ses généraux, ses réfugiés, et ses reporters. Une guerre menée contre un ennemi invisible: la radioactivité. Le 26 avril 1986, le quatrième réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine a explosé. Le plus grave accident nucléaire de l'histoire nous est raconté, vingt ans après, dans un documentaire exceptionnel: La bataille de Tchernobyl ***.

Thomas Johnson n'a pas fait le travail à moitié. Il a réuni pour ce récit puissant et richement documenté les principaux témoins de la catastrophe: scientifiques, soldats, civils, et politiques, dont Hans Blix, alors président de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), et Mikhaïl Gorbatchev, ancien président de l'URSS devenu président du conseil d'administration de la Croix Verte Internationale, qui milite pour le développement durable.

Parmi les témoins, il y a aussi Igor Kostine, premier reporter à avoir survolé la zone quelques heures après l'explosion, et qui n'aura de cesse, pendant vingt ans, de photographier la centrale et la zone interdite qui l'entoure.

Grâce à cette manne de témoignages poignants, d'informations dénuées de langue de bois, d'images de synthèse, de clichés et de documents filmés inédits, nous revivons presque heure par heure la bataille menée par 500 000 civils et militaires pour tenter de «liquider» la radioactivité sur le site et dans toutes les républiques de l'ex-Union soviétique. Souvent au péril de leur vie. Une véritable course contre-la-montre car on craignait une deuxième explosion, dix fois plus puissante qu'Hiroshima.

Ce document choquant le montre bien, le plus grand danger vint de l'occultation de l'information à tous les niveaux: sur les risques réels encourus par les liquidateurs, par les populations et par leurs descendants, y compris dans le reste de l'Europe. Vingt ans après, il n'existe toujours pas la moindre statistique sur les victimes du drame...

© La Libre Belgique 2006