Médias/Télé

La folie Internet serait derrière nous... Le boom de l'an 2000 a créé pas mal de désillusions. Les médias écrits, presse quotidienne en tête, n'ont toutefois pas baissé les bras. Les journaux s'accrochent à la «Toile», persuadés qu'elle représente une plate-forme performante non seulement pour véhiculer un contenu éditorial fort mais aussi pour générer des recettes publicitaires nouvelles.

Lors du dernier congrès annuel de l'Association mondiale des journaux (AMJ), à Dublin au début du mois de juin, éditeurs et rédacteurs en chef du monde entier ont tenté de se convaincre que la presse papier avait tout à gagner à créer des éditions «online». Les derniers chiffres compilés par l'AMJ sont éloquents. Entre 1998 et 2002, la proportion des journaux disposant d'un site Internet est passée de 52pc à 79pc. Des pays comme l'Italie, la Norvège ou les Pays-Bas enregistrent des taux de 100pc. La Belgique? Elle est à la traîne, avec un taux légèrement supérieur à 60pc. En revanche, notre pays connaît une croissance exponentielle (+33,3 pc en 2002) des recettes publicitaires glanées par les éditeurs de journaux sur le Web.

Gratuité et rentabilité

Le succès des éditions en ligne n'a cependant pas interrompu le débat lancinant sur l'intérêt, ou non, de facturer aux internautes l'accès aux sites de presse. To pay or not to pay? La question divise toujours la corporation. A Dublin, chacun y est allé de sa réponse.

«Gratuit ou payant? Le sujet est brûlant depuis l'arrivée des journaux sur Internet. Cette question me paraît dépassée», soutient Leonard Apcar, rédacteur en chef du prestigieux site du «New York Times» (1). Payant jusqu'à la fin 1997, «nytimes.com» a fait le saut du gratuit depuis cinq ans. Résultat? «Depuis sept trimestres consécutifs, notre site est rentable», se réjouit Leonard Apcar. Aujourd'hui, le site new-yorkais est le plus fréquenté de tous les sites de presse au monde, avec un nombre moyen de visiteurs quotidiens d'1,7 million.

Comme simple droit d'entrée, le site du «NYT» demande aux internautes de s'enregistrer. A ce jour, ils sont 11 millions de souscripteurs. Pour chacun d'eux, l'éditeur détient de très précieuses informations - profil socio-économique des «visiteurs», hobbys, activité professionnelle, etc.- qu'il monnaye aux annonceurs. «Environ 75pc des recettes générées par notre site proviennent des annonces publicitaires», précise M.Apcar. Ce qui ne suffit pas donc pas à rentabiliser l'opération. Le site du «New York Times» a dès lors multiplié l'offre de services gratuits ou payants. Parmi eux: la création de «courriels» thématiques personnalisés et financés par la pub (tests automobiles, mode, voyages, immobilier, etc.), mots croisés, archives,... Et, là aussi, le succès financier est au rendez-vous. Au cours du premier trimestre 2003, les recettes liées à ces différents services ont explosé de 40pc!

L'info, ça se paie

Tous les journaux ne disposent pas de la puissance financière et éditoriale du «New York Times». Pour beaucoup d'éditeurs, le pari de la gratuité reste impossible. Au «Albuquerque Journal», quotidien de référence du Nouveau-Mexique, l'accès au site est facturé 60 dollars par an depuis 2001 (2). Avec des effets positifs. «D'une part, le nombre de pages lues sur notre site a progressé de 30pc. D'autre part, la diffusion payante du journal, qui était en chute libre, a augmenté de 3,5pc», assure Don Friedman, responsable de ce quotidien américain diffusé à 120000 exemplaires. Et M.Friedman d'ajouter: «Le modèle du gratuit n'est pas tenable. Les nouvelles, dès lors qu'elles sont de qualité, constituent la première valeur d'un journal. Ça se paie!»

En Irlande, «The Irish Times» a lui aussi fait le choix du payant (79 euros par an) (3). «C'était indispensable pour assurer la pérennité d'un site à forte notoriété», affirme Deirdre Veldon, rédactrice en chef. Après une année d'expérience, le site approche déjà de l'équilibre financier. Il s'attend à une croissance annuelle de 20pc des recettes publicitaires d'ici 2006.

© La Libre Belgique 2003