Un projet controversé permettant un contrôle a priori des informations de la télévision publique espagnole a soulevé jeudi un énorme tollé dans le pays, certains médias y voyant une réminiscence du franquisme, et la mesure devrait finalement être annulée.

"Censure", "honte", "contrôle politique", "erreur": sur Twitter et dans les médias, les réactions ont été unanimes pour dénoncer ce projet, adopté mercredi par le conseil d'administration de RTVE, la radio-télévision espagnole.

Tous les partis politiques se sont joints à cette vague de protestation.

Ce sont pourtant les quatre membres du conseil (qui en compte onze) nommés sur proposition du principal parti d'opposition, le Parti Populaire (PP) de droite, qui ont porté cette initiative permettant que "les conseillers puissent disposer de l'outil informatique connu comme INews".

INews est un réseau interne que les journalistes de la télévision publique utilisent pour sélectionner les informations et préparer les journaux télévisés.

Et tandis que le conseiller proposé par les nationalistes catalans de CiU apportait lui aussi sa voix, les deux membres proposés par le Parti socialiste PSOE, au pouvoir, se sont abstenus.

En pleine campagne électorale avant les législatives anticipées du 20 novembre, pour lesquelles le PP est donné grand favori, les candidats de droite comme de gauche ont semblé embarrassés, jurant ne pas avoir été tenus au courant par les membres du conseil d'administration.

"C'est une erreur", a réagi le candidat socialiste Alfredo Perez Rubalcaba, tandis que son opposant de droite, Mariano Rajoy a estimé qu'il était "sage de rectifier".

L'ensemble des autres partis a lui aussi dénoncé le projet, le Parti nationaliste basque (PNV, centre-droit) exigeant la démission d'un conseil d'administration qui "est tombé sur la tête".

Le Conseil d'information de RTVE, composé des rédacteurs en chef et adjoints des services, a dénoncé dans un communiqué "une attaque directe contre la liberté et l'indépendance des professionnels de l'information, car cela permet un contrôle des contenus des journaux télévisés pendant leur élaboration".

La section journalistes du syndicat UGT a estimé qu'ainsi "pourrait s'exercer une censure préalable ou un contrôle politique des services d'information de la radio-télévision publique".

En signe de protestation, la radio publique a diffusé dans la matinée le générique du "No-Do", le journal télévisé d'informations qui était diffusé sous la période franquiste (1939-1975).

"C'est une proposition qui nous ramène à un passé que nous pensions oublié, dans lequel la liberté d'information n'existait pas", a renchéri la Fédération des associations de journalistes d'Espagne (FAPE).

La Fédération de syndicats de journalistes a elle évoqué une "véritable aberration dans la démocratie".

Les quatre conseillers qui avaient porté ce projet ont eux assuré dans un communiqué qu'ils considéraient cette mesure "utile pour leur travail", se défendant d'avoir eu "une quelconque intention d'interférer dans le travail des professionnels".

"Devant l'opposition et le malaise suscités par cette décision parmi les employés (de RTVE) et dans de larges secteurs de l'opinion publique, nous l'avons reconsidérée et c'est pour cela que nous demanderons son annulation" lors d'un conseil d'administration convoqué en urgence, ont-ils annoncé.