Pourquoi faut-il voir Top of the Lake***, mini-série événement signée Jane Campion, cinéaste couronnée d’une palme d’or pour "La leçon de piano" ? Parce que pour cette première incursion en télévision, la réalisatrice revient sur sa terre natale et a fait appel à sa complice d’alors : la comédienne Holly Hunter qui endosse le rôle de GJ, mystérieuse "gourou" d’un camp pour femmes.

Face à elle : Elisabeth Moss en enquêtrice obstinée, bien loin de son personnage dans "Mad Men". Au cœur de ce polar en six épisodes, l’actrice campe l’enquêtrice Robin Griffin à la recherche de Tui, une jeune fille de 12 ans, portée disparue dans les montagnes de Nouvelle-Zélande. Cette disparition est d’autant plus inquiétante que l’adolescente est enceinte de 5 mois et qu’elle refuse d’expliquer ce qui lui est arrivé. S’ensuit une enquête parsemée d’embûches et de tensions, auxquelles des paysages magnifiques confèrent une aura de mystère.

Enquête obsédante et douloureuse

"Top of the Lake" est à la fois étrange et surprenante à l’image des paysages qu’elle embrasse : une terre sauvage et isolée dont elle magnifie la beauté, le magnétisme, mais aussi l’inquiétante froideur. C’est dans ces paysages d’une beauté à couper le souffle, que la cinéaste installe son intrigue, relativement classique. Car, bien sûr, tout est partiellement normal dans ce bout du monde sauvage où les hommes sont des brutes et les femmes semblent déboussolées.

Avec son rythme lent et son sens du détail pictural, la série explore deux communautés atypiques, vivant pratiquement en vase clos. Celle, brutalement régie par le parrain local (Peter Mullan), père de l’ado disparue. Et celle, tout aussi paradoxale, de femmes retirées du monde pour méditer dans l’ombre de leur gourou "new age". Dépassant le statut de sombre thriller, la série propose une expérience quasi sensorielle et organique, livrant une histoire qui, longtemps, vous hante. Perdus au crépuscule ou dans la brume, entre montagnes, lacs et forêts, il faut se rendre à l’évidence : on n’avait sans doute rien vu de semblable.

Plus les paysages sont spectaculaires, plus les personnages semblent cernés par leurs propres turpitudes. On croise une impressionnante galerie d’adultes marginaux ou en perdition dans cette enquête poisseuse qui semble remuer la boue de l’histoire personnelle de Robin. Et on songe, forcément, au côté tragique et douloureux de l’enquête obsédante menée par Sarah Linden dans la série "The Killing".

Réalisatrice plutôt rare (2 films en 10 ans), Jane Campion est très impliquée dans ce projet, écrit en collaboration avec Gerard Lee. Comme dans "Bright Star" et "La Leçon de piano", on retrouve des histoires d’amour compliquées et parfois douloureuses. C’est l’autre patte de la cinéaste, qui compose une série aussi bluffante qu’étrange. Malgré la fureur des hommes et l’hostilité des éléments, on y retrouve la grâce singulière de Jane Campion pour qui la poésie est un moyen de communication fondamental.

"Top of the Lake", Arte, 20h50