Il en a le ton, la couleur et le parfum mais ce n'est pas un scénario de fiction télévisée. Le livre de Catherine Sandner, ancienne chroniqueuse de France2, se lit avec d'autant plus de plaisir que sous l'apparente légèreté se cache un creuset de petites vérités bien sournoises jonchant le sol faussement étoilé de l'univers télé.

Un roman-documentaire louchant parfois du côté de l'essai à conseiller à toutes les apprenties-stars écumant les castings de télé-réalité. Il y a en effet un soupçon de Cendrillon dans le parcours de cette consultante en marketing qui caressait en secret des rêves d' artiste. Un désir qui rapproche cette Madame Tout-le-monde des mirages de tant d'autres. En relativisant fortement l'impact et l'ampleur de son aventure télévisuelle, elle contribue à dégonfler bien des baudruches en vogue dans l'univers du show-business.

Le livre de Catherine Sandner est à son image: sans cérémonial, prêt à l'emploi, léger mais pas sans fond. Elle n'y fait mystère ni de ses malheurs, ni de ses heures de gloire. Prenant un malin plaisir - elle qui était toujours taxée d'être «trop longue» - à détailler par le menu les moindres péripéties et rouages de l'émission «En avant la France». Le lecteur n'a nul besoin d'être grand clerc pour y reconnaître le profil et le fonctionnement de «Douce France», dernière émission en date de Christine Bravo, passée, depuis, à trépas.

Quelques stars démasquées

Le même lecteur-téléspectateur attentif ne peinera pas à reconnaître sous des patronymes parfois arrangés quelques visages familiers du petit monde de la télé. Plus que cet univers de stars, l'intérêt du livre réside dans la description attentive, candide, quoique finalement assez experte, du fonctionnement d'une émission censée marier «insouciance et audience avec une idée (sou) riante de la France». Le plus intéressant restant les moments où l'auteure décrit les moeurs en vigueur dans l'univers télévisuel et les errements qui peuvent caractériser une production en mal d'audience.

«Comme la télévision est prompte à mépriser ce qu'elle a jadis adoré, il fut convenu que la caméra subjective, c'était gavant, que la multiplication des séquences, c'était chiant, que le plateau avec des fauteuils sans table, c'était nul. Restait le cas des chroniqueurs qui, apparemment, n'imprimaient pas la mémoire des téléspectateurs...»

N'hésitant pas - malgré une mise à distance toute relative opérée par le changement de nom - à dénoncer, au passage, ses propres travers ou transformations dus à une réalité surexposée. «C'était trop facile de suivre l'émission tranquillement installé devant sa télé et de dire «T'étais un peu coincée» ou «T'as un peu ramé» ou, pire, «T'aurais dû». Qu'ils essaient, ne fût-ce que deux secondes, de prendre sa place! Faire de la télévision c'était se mettre à nu, se livrer soi avant de fournir un travail, offrir le coeur, le corps et l'âme au jugement. Impossible de faire la part des choses, Juliette se découvrait incapable d'accepter sereinement une remarque sur sa prestation sans éprouver une remise en cause globale de sa personnalité, de tout son être.»

Aux chroniqueurs en herbe

Ce qui plaît surtout, c'est qu'en plus d'être sincère, ce livre est sarcastique et léger, n'hésitant pas à identifier des pratiques d'ordinaire cachées. «La mise en quarantaine d'Océane était injuste mais typique de cet univers artificiel où la même personne pouvait un jour être portée au pinacle et se retrouver paria le lendemain, sans raison logique.»

Si elle pèche parfois par quelques redites et longueurs, Catherine Sandner, s'affranchissant de son ancienne idole Christine Bravo, n'hésite pas à mettre le doigt où cela fait mal, distillant une foule de conseils aux futurs chroniqueurs, l'un des métiers les plus prisés de la télé. Mais aussi l'un des plus surfaits...

«Juliette fait de la télé», Catherine Sandner, Ed. Stock, 2004, 350 pp., env. 19,50€

© La Libre Belgique 2004