Un journaliste, PDG de «Libé»

Médias & Séries

P.-F.L.

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Souhaitez-vous que la SCPL accepte à titre intérimaire le poste de mandataire social en cogérance avec un représentant désigné par l'actionnaire principal? Voilà, en termes très précis, la question qui a été soumise hier au vote des salariés (290 personnes) du quotidien «Libération». Un vote entamé sur le coup de 13 heures et qui s'est soldé hier soir par une majorité de «oui» (164 voix contre 101, soit 60,5%).

Plongé dans une crise financière et identitaire profonde depuis l'annonce, le 13 juin dernier, du départ forcé de Serge July (PDG et cofondateur), le personnel de «Libération» tente de trouver une issue susceptible de remettre le journal sur de bons rails ou, à tout le moins, d'éviter une culbute fatale pour l'un des quotidiens majeurs de l'Hexagone.

C'est dans cet esprit qu'Edouard de Rothschild, actionnaire de référence de «Libé» (38,8 pc du capital), avait mis sur la table une solution assez surprenante consistant à mettre le personnel devant ses responsabilités d'actionnaire historique. De fait, la Société civile des personnels de «Libération» (SCPL) détient une participation de 18,45 pc dans le capital du journal. La proposition de M. de Rothschild? Mettre sur pied un dispositif temporaire de cogérance de «Libé» entre la SCPL et lui-même. Vu l'approbation d'hier soir, le poste de PDG de «Libé» reviendra au gérant de la SCPL, à savoir le journaliste Vittorio de Filippis, tandis que le poste de directeur général sera attribué à Philippe Clerget (ancien directeur de l'hebdomadaire «L'usine nouvelle»).

En appoint de ces deux cogestionnaires, un «comité opérationnel» comprendra des représentants de l'équipe et des représentants de l'actionnaire.

Vive opposition

Le nom de M. Clerget, actuel président de l'Association pour la promotion de la presse professionnelle, avait été annoncé mercredi matin lors d'une assemblée générale d'information sur le vote de l'après-midi. Une assemblée agitée... «Il y a eu une très vive opposition à la solution de cogérance de la part d'Antoine de Gaudemar (NdlR: directeur de la rédaction) et de sa garde rapprochée, soit une dizaine de personnes», nous indiquait hier soir un membre de la SCPL, ajoutant qu'il était très difficile de savoir a priori si la proposition de cogérance allait malgré tout rallier une majorité des salariés.

Si cette solution de cogérance avait été rejetée, certains estiment qu'Edouard de Rothschild, qui a déjà englouti 20 millions d'euros dans «Libération», aurait pu claquer la porte. Ou, autre scénario possible, prendre des dispositions nettement plus radicales envers le personnel (qui a déjà subi, ces derniers mois, les effets d'un plan d'économies drastique).

Ce jeudi, le conseil d'administration de «Libé» se réunira pour évaluer la situation et avaliser les départs forcés de Serge July et Louis Dreyfus (directeur général).

© La Libre Belgique 2006

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