"Une radio culturelle populaire. Et dynamique"

CEDRIC PETIT Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

ENTRETIEN

Vous avez présenté début septembre une grille de rentrée de France Culture placée sous le signe de l'Europe, mais aussi clairement dans la continuité des précédentes. Quels en sont les points forts?

On a effectivement consolidé une réforme de France Culture qui avait été initiée dans la grille de rentrée il y a maintenant trois ans et qui consistait à déplier ce mot de culture et à l'ouvrir à la fois intellectuellement et artistiquement à tous les vents européens. Donc on y a inclus des nouvelles émissions qui prennent en compte le fait que la culture se décloisonne sur le plan artistique. On a créé de nouvelles émissions: un journal européen à 7h30, une revue de presse entièrement européenne elle aussi. On n'a plus aujourd'hui à se placer sur un plan purement hexagonal que ce soit en termes d'information, ou en termes de réflexion et de compréhension de l'actualité. Il y a ainsi beaucoup plus de vents européens dans nos cases de programmes.

Mais aussi plus d'information?

Oui, l'élaboration de cette grille s'est appuyée sur une réflexion du collège de direction et sur une analyse très attentive des attentes de nos auditeurs. Le matin, les auditeurs réclamaient non pas plus d'actualité et d'information, parce que ça ils l'ont sur les autres chaînes de Radio France, mais une compréhension, une mise en perspective de l'actualité.

Qu'est-ce qui fait alors sa spécificité comme radio culturelle par rapport à France Musiques, par exemple?

Tout. France Culture est une exception culturelle mondiale, ce n'est pas un simple organe de transmission. France Culture tente modestement mais opiniâtrement d'être à la fois un créateur d'événements, un accompagnateur de tous les mouvements culturels et une possibilité d'ouverture de l'esprit. Dans l'idéal, cette radio a pour ambition de donner des clefs de compréhension du monde sans énoncer de jugements.

Ce serait là votre définition de la culture au sens large?

Oui, et de considérer l'autre avec un grand A dans l'acception morale la plus ouverte possible. La culture n'est pas seulement une arme de compréhension du monde extérieur, c'est aussi une mise en cause incessante de soi-même. Ça passe par un mouvement continu et le fait qu'on ne peut avoir de certitude acquise.

Certains dénoncent dans cette nouvelle grille ce qu'on pourrait appeler une `France-intérisation´ de la radio...

Il suffit pour moi d'écouter les deux radios pour voir qu'il n'y a absolument aucun point commun. Nos formats sont très différents de ceux de France Inter. Nous n'avons que trois sessions d'informations, mais des registres de fictions, de créations, de documentaires, de fictions élaborées, de philosophie, d'éthique, d'histoire. Je défie quiconque de me faire la moindre comparaison entre les grilles de France Culture et celles de France Inter. Chacune a sa spécificité.

Que vous voulez maintenir?

Oui, et c'est un gage d'avenir pour France Culture, qui n'existera qu'en restant totalement distincte de France Inter. La meilleure manière de couler la chaîne, ce serait d'en faire une imitation de France Inter. Nous en sommes persuadés, nos auditeurs aussi.

Une chaîne culturelle comme celle-là se fixe-t-elle des impératifs d'audience?

Notre président Jean-Marie Cavada ne nous en a pas donné. Par contre, pour nous qui sommes payés par la redevance, par tous les citoyens dans le cadre d'un service public, nous avons des comptes à rendre. Moi, j'ai des comptes à rendre aux auditeurs, à tous ceux qui permettent que la chaîne existe. Nous sommes donc attentifs non pas à la quantité de notre audience, mais à sa qualité, c'est-à-dire à la longueur d'écoute. Pour le moment, je touche du bois, parce que nous avons sur la bande FM la longueur d'écoute la plus exceptionnelle qui soit. D'autre part, nous avons été soucieux de renouveler l'audience de France Culture, en insérant des programmes qui s'adressent aux 18-35 ans, des étudiants, des enseignants, qui constituent le fer de lance de l'avenir de la radio. Nous avons plus que doublé l'audience dans les villes universitaires. C'est un signe de renouvellement important.

Certains auditeurs, et des producteurs en interne, se plaignent pourtant de problèmes de brouillage du son. Cela constitue tout de même une baisse de qualité de l'offre...

C'est un faux problème. Je travaille dans un service public, je travaille pour que les producteurs puissent être entendus par tous. C'est là l'unique raison pour laquelle je suis payée. Donc, si le problème, c'est d'être entendu par une élite qui a des équipements professionnels qui coûtent 3000 euros, ça ne m'intéresse pas. Qu'une poignée de personnes vienne me dire qu'on entend moins bien à l'arrière- plan le cui-cui d'un oiseau, je trouve que c'est un argument anti-démocratique absolument irrecevable.

Et que ces problèmes de brouillage conditionnent en Belgique le fait qu'on n'ait plus accès à France Culture que via le câble?

C'est un gros souci pour nous, Jean-Marie Cavada et moi avons reçu une délégation d'associations d'auditeurs à ce sujet il y a quelques mois. Nous sommes tristes de cette situation. Cavada et moi avons essayé d'argumenter au sein de cénacles internationaux. Mais rien n'y fait, et tout cela ne dépend pas de nous. La Belgique a des auditeurs fidèles, France Culture est très appréciée chez vous. Il y a bien sûr le Net, mais ce n'est pas pareil. Nous interviendrons auprès des personnes compétentes en temps voulu.

Un dernier mot sur la politique du nouveau ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon?

Il est absolument sur les mêmes positions que Tasca, si ce n'est qu'il est peut- être encore plus allant sur les problèmes culturels et sur l'idée de défendre la culture pour tous. Mais il n'a pas un bon budget, donc ça va être difficile pour lui.

© La Libre Belgique 2002

CEDRIC PETIT

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