De l’Himalaya au Pérou, les téléspectateurs anglais en ont fait des voyages avec Ben Fogle, journaliste, aventurier et présentateur que l’on ne présente plus. À 47 ans, c’est à un défi hors du commun qu’il s’est attelé, pour Channel 5 : passer une semaine à l’intérieur de la zone d’exclusion de Tchernobyl où, voici 35 ans presque jour pour jour (c’était le 26 avril 1986), explosait le réacteur 4 de la centrale qui faisait la fierté de la région et, plus largement, de l’URSS.

Un jour et demi pour évacuer la ville

À l’époque, Ben a 13 ans. Mais il se souvient avoir eu peur, là-bas, à Londres, à des milliers de kilomètres. Le temps a passé mais le souvenir de l’évacuation, de ces familles entassées dans des bus, quittant une vie, une ville qu’ils ne reverraient jamais, le hante encore. Alors, après des mois de négociations, de paperasse et de tractations avec les autorités ukrainiennes, il débarque enfin sur le lieu de la plus grande tragédie nucléaire que le monde ait connu.

Direction Pripyat, la ville modèle, où 48 000 âmes rêvaient d’un destin à la mesure des ambitions soviétiques. Il y avait là deux stades, une magnifique piscine et même un petit parc d’attractions, dont ne subsiste qu’une grande roue mangée par la rouille.

Les barres d’immeubles qui se dressent alentour ont toutes été évacuées, mais 36 heures après l’explosion. En attendant, comme le raconte Ben Fogle, en déambulant dans les rues fantômes, la vie continuait. Un témoin, écolier en 1986, raconte qu’il avait cours ce jour-là. Et qu’après un petit moment de flottement et de peur, il est retourné à l’école.

Plus loin, Fogle et son guide s’engouffrent dans l’hôpital 126. C’est là que les premiers blessés - des pompiers ayant lutté contre le brasier de la centrale - ont été amenés pour être sommairement soignés. On ne comprenait pas pourquoi ils vomissaient, irradiés jusqu’à l’os qu’ils étaient. Longtemps, les bottes et autres équipements furent simplement jetés dans une cave. Aujourd’hui encore, le taux de radiation qu’ils dégagent explose les instruments de mesure.

Dans son incroyable périple d’une semaine, au cœur de Tchernobyl, Ben Fogle va aussi rencontrer Valentina. Une vieille dame, aujourd’hui, dont le mari a été l’un des "liquidateurs", ces hommes qui sont montés sur le toit de la centrale pour déblayer les débris radioactifs.

Elle est revenue vivre ici parce qu’elle y est née et qu’elle entend bien y mourir. En sortant de chez elle, après avoir dégusté les traditionnels cornichons et bu une vodka à vous tirer des larmes, le présentateur s’émeut : "C’est hallucinant de voir autant d’humour, d’humanité dans un endroit aussi inattendu", dit-il en prenant congé de la petite babouchka.

Les squatteurs de Pripyat

En 2021, Tchernobyl est aussi devenu le terrain de jeu des "stalkers", ces jeunes qui bravent le danger pour s’approcher au plus près de la centrale et qui squattent à Pripyat. Sur les réseaux sociaux, ils postent des vidéos de leurs exploits, en haut des tours, debout au sommet de la grande roue. Ils savent les dangers, ceux qui n’étaient pas nés en 1986, mais ils préfèrent les embrasser plutôt que de mourir de peur.

Dans cette région fermée au monde, dont la superficie est plus grande que celle du Luxembourg, la nature a repris ses droits. C’est le grand message d’espoir que veut faire passer le présentateur, en rappelant que, depuis quelques années, dans ces terres et ces forêts qui s’étendent à l’infini, on a vu revenir des loups, des lynx, des ours, même. Des chevaux ont été réintroduits. La "zone" est devenue l’un des plus grands sanctuaires de la vie sauvage. Et quand il y a de la vie… il y a de l’espoir.