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On les appelle "Les occasionnelles" H H. Parce qu’elles font des courtes apparitions sur le "pavé" avant de disparaître aussitôt. Mères célibataires, étudiantes ou minimexées, elles sont souvent en situation de précarité. Malgré le tabou, le mal-être et/ou la stigmatisation, onze d’entre (eux et) elles ont accepté de témoigner à visage découvert.

Une démarche "délicate" soulignée par Christophe Reyners, le réalisateur. "Dans la plupart des cas, il s’agit de prostitution "de survie". Pour ceux qui reçoivent de l’argent du CPAS, du chômage ou de la mutuelle, c’est souvent un complément minime. S’ils étaient dans une activité ultra-rentable avec le téléphone qui sonne sans cesse, ils n’auraient pas accepté de passer deux jours avec nous. C’est bien la preuve qu’ils n’étaient pas trop occupés."

L’idée de ce reportage découle en fait de son précédent projet. "J’avais réalisé "Le pornographe" à Liège et parmi les amateurs qui s’adonnaient aux films porno, quelques-uns se prostituaient occasionnellement. Dans les deux cas, ce qui m’a touché c’était le fait que c’était des amateurs. J’ai eu envie d’aller à la rencontre de tous ces gens aux parcours singuliers."

Des rencontres rendues possibles par le bouche à oreille mais aussi en suivant les tournées médicales de l’espace P "car souvent les professionnelles connaissent quelques occasionnelles. C’est le temps qui m’a permis de rencontrer toutes ces personnes car il s’est passé 7 mois entre la décision et la fin de la réalisation."

Découvrir autant de témoignages est très troublant car on ne pensait pas que cela touchait autant de personnes. "J’ai vraiment essayé d’avoir un panel représentatif : deux personnes plus âgées, une étudiante, une toxicomane; une Africaine. J’ai rencontré beaucoup plus de gens que ceux que l’on peut voir dans le reportage mais beaucoup ont refusé de témoigner et puis, je voulais qu’ils réfléchissent aux conséquences de leur passage en télévision. Il y a beaucoup de gens qui ont un boulot plus stable que ceux qu’on voit ici : une comptable à mi-temps, une infirmière, mais elles gagnent en un jour ce que leur boulot rapporte en une semaine. Seule la prostitution donne une réponse immédiate à un besoin d’argent pressant, quand il faut remplir le frigo ou payer une facture."

Le phénomène serait donc rendu plus visible par la crise ? "C’est difficile à dire parce qu’il n’existe forcément aucune donnée chiffrée. C’est possible d’autant qu’il y a toute une part très cachée, qui fonctionne via internet. C’est comme ça que j’ai rencontré l’étudiante qui témoigne à visage masqué. La crise pousse peut-être plus de personnes vers ces solutions rapides (à défaut d’être faciles) mais les clients pourraient être incités à marchander ou à se raréfier."

Gare à l’engrenage

Pour les occasionnelles, aussi, le risque d’engrenage est bien présent. "Oui, l’étudiante qui témoigne vit cette situation vraiment péniblement mais elle a une amie qui en souffre beaucoup moins. Que fera-t-elle le jour où son "vrai" travail lui rapportera un salaire moins attrayant ?"

Reste le tabou, stigmatisant et pesant. "Ils ont accepté parce qu’il s’agissait d’un documentaire sans commentaire et sans effets, parce que l’émission a bonne réputation. J’ai montré "Le pornographe" à certains et ils ont vu qu’ils ne seraient pas stigmatisés. On ne sait jamais pourquoi les gens disent oui; pour certains, peut-être que cela leur faisait du bien de se libérer. C’est aussi une façon de dire : on ne demanderait pas mieux de trouver autre chose."