à Cannes

Bien sûr, je suis une femme mais je ne peux m’imaginer qui que ce soit venir me dire ce que j’ai à faire. Pourtant, cela n’a pas toujours été simple. Je me souviens notamment d’un cameraman d’ABC qui tentait de m’humilier constamment sur le plateau. Aujourd’hui, toutes ces choses appartiennent au passé", souligne la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, l’une des invités de prestige de ce 28e Mipcom cannois. Sa collaboration avec Gerard Lee, cocréateur de la mini-série "Top of the Lake", semble d’ailleurs se dérouler en parfaite harmonie.

Attirée par la création télévisuelle depuis sa découverte de l’excellente série "Deadwood", c’est sans surprise aux femmes que la scénariste et réalisatrice offre la tête d’affiche. Pour son premier projet pour la télévision, elle a rappelé à ses côtés Holly Hunter, actrice avec laquelle elle a obtenu la Palme d’or pour "La Leçon de piano". L’action, qui prend place dans les paysages si particuliers de la Nouvelle-Zélande, se penche sur une adolescente de 12 ans, mystérieusement enceinte, qui disparaît non loin d’un lac. L’inspectrice appelée sur les lieux de la disparition est incarnée par Elisabeth Moss, vue dans "Mad Men". Celle-ci est rapidement confrontée à un groupe de femmes, emmenées par Holly Hunter, qui suivent une thérapie par la parole.

"A travers ces femmes ménopausées, je voulais attirer l’attention sur une tranche d’âge oubliée qui fait de ces femmes des guerrières de l’amour, invisibles et fatiguées." Au-delà des histoires individuelles, la série interroge en effet la quête du bonheur, "là où le rêve du paradis attire son corollaire : la chute". Un projet (6 x 60 minutes) porté conjointement par BBC, UKTV, The Sundance Channel et BBC Worldwide.

Dans un tout autre genre, "The Walking Dead", la fameuse série post-apocalyptique, s’est aussi fait remarquer à Cannes. "Si vous pensez que les histoires de zombies ne sont pas pour les filles, jetez un œil sur la scène et vous perdrez tous vos a priori." Face à l’interviewer du jour, six femmes viennent de prendre place : actrice, productrices et/ou distributrices de la série. L’image est bien plus parlante qu’un long discours.

Gale Anne Hurd, productrice exécutive de la série, explique pourquoi la décision de travailler avec AMC et Fox International fut si facile à prendre. "Ce sont les seuls qui nous ont proposé d’éviter le traumatisme de la diffusion d’un pilote et la longue période de stress que cela implique, en commandant immédiatement six épisodes. C’était une opportunité sensationnelle que nous ne pouvions pas laisser passer." Familière des blockbusters comme "Terminator", "Aliens" ou "Armageddon", celle qui possède depuis la semaine dernière son étoile sur le "Walk of Fame" d’Hollywood n’a pas hésité une seconde.

Pour la troisième saison, qui démarre ce dimanche aux Etats-Unis, la production innove encore en orchestrant une diffusion mondiale (120 pays) à la manière de ce qui se fait au cinéma. "Cela permet de diminuer le temps d’attente entre la diffusion aux Etats-Unis et partout ailleurs, explique Sharon Tal Yguado de Fox International. Cela rend la discussion entre les fans véritablement globale. Et cela devrait considérablement faire baisser le piratage". L’opération, inédite en matière de séries, a bien sûr requis beaucoup de préparation en amont (marketing, doublage, etc.) mais vaut à coup sûr la peine : "C’est comme une infection virale se répandant à travers le monde", s’enthousiasme Alexandra Marinescu de Fox International.

Après l’annonce du même genre faite par Netflix concernant sa série "House of Cards" (cf. LLB du 9/10), voilà une piste de réflexion supplémentaire pour tous les producteurs et créateurs à la recherche de nouvelles façons de toucher le public.

Au-delà de leurs spécificités, ces deux projets attestent aussi de la place prise par les femmes dans une industrie en pleine expansion. Signe de cette prise de conscience, un dîner a été spécialement organisé, lundi à Cannes, regroupant 100 femmes parmi les plus actives et influentes du marché. Son but ? Renforcer les liens, étoffer les carnets d’adresses "afin que les femmes interagissent entre elles et développent leur business à l’échelle internationale". Au cours de ce repas, des personnalités comme Nancy Dubuc (Lifetime Networks), Marion Edwards (20th Century Fox), Sophie Turner Laing (BskyB) ou Margarita Simonyan (Russia Today) ont notamment pris la parole. Encourageant sans doute des centaines d’autres à tenter de franchir le pas.