ENTRETIEN

Depuis jeudi soir, environ un tiers du territoire français a fait connaissance avec la «télévision numérique terrestre» (TNT). Quelle est la situation en Belgique? Pionnier de la télévision numérique en Communauté française, Daniel Weekers, patron de Be tv (ex-Canal+), dresse un état des lieux et des perspectives de la «nouvelle» télévision en Belgique.

Le lancement de la TNT en France, c'est vraiment un événement?

Pour les Français, oui. A part les deux chaînes parlementaires qui n'intéresseront quasiment personne, on passe tout de même de six à douze chaînes. A ce stade, l'événement est avant tout technologique. En termes de contenus, l'événement se produira davantage en septembre prochain avec le lancement de chaînes numériques payantes en norme Mpeg 4 qui sera compatible avec la télévision haute définition.

Pour les téléspectateurs belges, le lancement de la TNT en France n'a aucune conséquence?

Il existe un tout petit débordement de la TNT aux environs de Tournai. En septembre, ça ne bougera pas. Par contre, en 2007, on risque d'assister à un débordement entre la côte belge et Charleroi. Mais d'ici là, il se passera pas mal de choses en Belgique...

Jusqu'ici, la Belgique fait partie des pays retardataires en matière de télévision numérique. Pourquoi?

Les télédistributeurs n'ont tout simplement pas senti la nécessité d'investir dans la modernisation de leurs réseaux et, surtout, dans le lancement de terminaux numériques. Ils ont donc préféré poursuivre sur la voie de l'analogique. Il y a tout de même eu le lancement, en 1998, du «Bouquet» numérique de Canal+ Belgique en association avec les câblos wallons, même si le succès fut modeste en raison du manque de chaînes et de canaux.

Ce n'est plus le cas aujourd'hui.

On l'a effectivement prouvé avec le lancement de Be tv à l'automne dernier. Je vous donne un seul chiffre: nous sommes passés de 50pc d'abonnés numériques en août 2004 à 81pc aujourd'hui. La rapidité du basculement de l'analogique au numérique nous a vraiment surpris. Cela démontre que les gens en comprennent les atouts parce que l'offre est à la fois riche en termes de contenus (NdlR: plus de 60 chaînes) et simple sur le plan technologique. En France, en revanche, beaucoup de gens sont encore perdus avec le numérique. Ils attendent d'en savoir plus avant de s'engager.

Hormis l'acquisition d'un terminal (NdlR: à partir de 70 euros), la France a fait le choix d'une télévision numérique gratuite. La plate-forme Freeview, en Grande-Bretagne, est également gratuite. N'est-ce pas un handicap pour Be tv de se positionner sur la télévision numérique payante?

Be tv va se positionner très rapidement, en association avec les câblos, sur le segment du numérique gratuit. Et plus vite qu'on ne le pense. Un grand nombre de chaînes gratuites, disponibles en Communauté française, seront numérisées avant la fin de cette année. Be tv et les câblos veulent aller de l'avant, notamment en menant des négociations avec les chaînes gratuites (NdlR: RTBF, RTL-TVI,...). C'est urgent! L'avantage de Be tv est, bien entendu, de disposer des terminaux numériques.

On aurait donc, d'ici la fin de l'année, à la fois l'offre payante Be tv et une offre de chaînes en numérique via le câble?

Exact. Dans tous les pays ayant adopté le numérique, on voit cohabiter des offres gratuites et payantes.

Vous ne serez sans doute pas seuls: Belgacom prévoit aussi le lancement, cette année, d'une offre de chaînes numériques.

Oui, mais en qualité ADSL (NdlR: connexion Internet). Le câble offre une meilleure qualité.

La RTBF a décidé d'investir dans le numérique terrestre, concurrent du câble...

Ce n'est pas un choix pour la RTBF, mais une obligation car elle est obligée, par la Communauté française, d'offrir un service universel. Ce qui passe par la voie hertzienne ou terrestre. Mais, vu la pénétration du câble chez nous, la RTBF doit aussi être sur le câble. Même si on se doute qu'elle est aussi fort courtisée par Belgacom.

© La Libre Belgique 2005