Des chansons pleines d'expression

Notre pays est peut-être petit mais combien dense en festivals en tous genres! Et ce n'est pas le domaine de la chanson qui va nous contredire. La deuxième édition de «Mars en chansons», un festival qui laisse la part belle aux chanteurs qui ont des choses à dire, débute cette semaine. Avec Jacques Higelin ou Richard Desjardins, mais également Marie Chasles, Daniel Hélin ou Yannick Le Nagard.

M.-A. G.
Des chansons pleines d'expression
©(DOC PROD)

Notre pays est peut-être petit mais combien dense en festivals en tous genres! Et ce n'est pas le domaine de la chanson qui va nous contredire. Alors que deux grosses pointures occupent déjà le terrain en septembre (Nuits Botanique à Bruxelles) et en juillet (Francofolies à Spa), voilà que «Mars en chansons» (basé principalement à Charleroi) prend place en ce fameux mois des giboulées. Pour sonner le glas de l'hiver?

Mais chaque festival possède sa spécificité. En concoctant la programmation de Mars en chansons, Claude Bonte est parti du principe qu'il voulait y entendre «des chansons d'auteurs qui ont la volonté de dire des choses». Comme une affiche se fait difficilement sans grand nom, ce sont ceux de Jacques Higelin, Juliette, Richard Desjardins et Hanna Schygulla qui ornent son sommet.

Jacques Higelin, l'autre fou chantant, propose son dernier spectacle, «Paradis païen», uniquement accompagné par son percussionniste Dominique Mahut. Juliette, révélation de l'année 1997 aux Victoires de la musique, aime les chroniques sociales qu'elle décline sur le mode comique troupier, le tout enrobé de gouaille et de poésie. Richard Desjardins, citoyen de Rouyn (Québec), joue avec les mots et les images décapantes sur un ton contestataire fouetté au mode taquin. Quant à Hanna Schygulla, elle prêtera sa voix dans le cadre de la soirée «Cinéma et chansons» lors de la projection du film muet de G.W. Pabst «Le Journal d'une fille perdue» pour un spectacle intitulé «Elle, Louise Brooks» (2/4).

Pour Claude Bonte, «nos artistes ne sont pas assez connus chez nous». Des preuves? Connaissez-vous Marie Chasles, Zoé ou Saher? Et Daniel Hélin, Pascal Vyvère ou Christiane Stefanski? Voilà une bonne raison d'aller à leur rencontre.

PARTENARIAT

Cette riche programmation, il est préférable de la parcourir en la scindant en volets. «Le Limonaire au Roy» et «Montauban-sur-Sambre» représentent les deux premiers exemples du travail de partenariat que Claude Bonte et son équipe veulent effectuer entre espaces francophones. Le Limonaire renvoie au cabaret parisien qui recevait, il y a quelques semaines, une manifestation intitulée... «Chicons et endives au gratin» où quelques-uns de nos chanteurs belges d'expression francophone ont remporté un beau succès. Quant à Montauban (Midi-Pyrénées), c'est là que se déroule chaque année, depuis 16 ans, un festival de chanson qui se tient au mois de mai. A son affiche, cette année, également quelques Belges.

En attendant, la Brasserie Le Roy (qui programmait vendredi dernier, le Suisse Michel Bühler et la Belge Christiane Stefanski) accueillera le 30 mars, le Français Yannick Le Nagard et le Belge qui monte, qui monte lauréat de nombreux prix dans divers concours et festivals...Daniel Hélin.

A l'Eden ou à l'Hôtel de Ville, où prend place la section Montauban-sur-Sambre, ce sont Zoé et Juliette (ve 16/3), Bruno Ruiz, Richard Desjardins (sa 17/3), Nicolas Jules, Le Soldat Inconnu et Jacques Higelin (di 18/3) que l'on pourra apprécier.

Une Belge, des Français, un Québécois et même des Suisses (on en est déjà venu à se demander si la chanson francophone existait en Suisse, Le Soldat Inconnu nous le prouve!). La chanson étant un «art aux frontières de tous les autres»

Outre le cinéma, trois spectacles «théâtre» rendent hommage aux poètes. «B, c'est plus court» où Jean-Claude Derudder revisite 13 chansons de Brel (ve 9/3), «Rue de la Gaîté, une vie rêvée de Robert Desnos» (lu 12/3) et «Green» où Serge Hureau ressuscite Rimbaud et Verlaine avec sa mémoire d'adolescent.

Pas de chansons sans les enfants! Cette année, ce sont André Borbé (di 18 et lu 19/3) et le groupe Lafcadio (ma 20 et me 21/3) qui s'y collent.

Le jeudi 8 mars étant la Journée de la femme, prétexte a été trouvé pour intituler la soirée qui se tiendra à l'Eden «Femmes de paroles». Mais avec la Belge Marie Chasles, la Québécoise Jorane et la Française Agnès Bihl, le titre n'est pas usurpé.

Epinglons encore le «Tchantons Françwès» où Pascal Heringer se réapproprie les chansons de François Loriaux ainsi qu'une certaine décentralisation avec quelques centres culturels de la région (outre Bouffioulx, Chapelle-lez-Herlaimont le week-end dernier, Lodelinsart ou Couillet les 10 et 24/3) où se produiront Saher, Jean-Louis Daulne, Melon Galia et quelques autres groupes en train de germer.

Enfin, la médiathèque organise également diverses rencontres: Marc Robine (10/3), Richard Desjardins qui présente son film «L'Erreur boréale» sur la destruction de la forêt canadienne, Allain Leprest (24/3) et Claude Semal (31/3).

Que de bons plan (t) s à l'approche du printemps!

Mars en chansons, jusqu'au 2 avril. Rens. 071.202.999.

© La Libre Belgique 2001


Racines Le festival Mars en chansons voit le jour au printemps 2000. Il est le fruit de la volonté de Claude Bonte (ex-directeur des Centres culturels de Charleroi et de La Louvière), qui prend la tête en 1998 du Centre de la Chanson (autrefois mené on ne sait trop où par Paul Louka). Il le rebaptise, un an plus tard, Charleroi Chansons/ Wallonie-Bruxelles. L'homme est déterminé et se fixe pour objectif d'offrir aux artistes francophones un espace d'accueil non seulement en Wallonie et à Bruxelles, mais également en France, en Suisse ou au Québec par le biais, notamment, de partenariats avec d'autres événements artistiques de ces pays. La deuxième édition de Mars en chansons vient de commencer, elle est sous-titrée «Autour de Jacques Higelin». Claude Bonte sait ce qu'il veut y entendre . Pour preuves, les noms accrochés à l'affiche de ce festival. © La Libre Belgique 2001