La Catalogne ouvre l'Été mosan

C'est le propre du Festival de l'Été mosan d'assortir ses propositions musicales d'escapades touristiques de belle allure, telle la randonnée à Modave, le 31 juillet dernier. On arrive au château par le plateau: une longue drève traverse la forêt et débouche sur un charmant château à la française - du genre de celui de Maison-Laffitte, construit par Mansart - entouré de jardins

La Catalogne ouvre l'Été mosan
©Dessart
MARTINE DUMONT-MERGEAY

À MODAVE

C'est le propre du Festival de l'Été mosan d'assortir ses propositions musicales d'escapades touristiques de belle allure, telle la randonnée à Modave, le 31 juillet dernier. On arrive au château par le plateau: une longue drève traverse la forêt et débouche sur un charmant château à la française - du genre de celui de Maison-Laffitte, construit par Mansart - entouré de jardins. Le spectacle est si doux que le mélomane distrait pourrait ne pas se rendre compte que l'ensemble du vaste domaine est bâti sur un piton rocheux et qu'au-delà des salons souriants du château, c'est un à pic vertigineux qui attend le promeneur, gouffre hérissé d'arbres immenses aux frondaisons serrées sous lesquelles serpente le Hoyoux...

C'est sur une des terrasses surplombant la vallée que devait chanter la belle Montserrat Figueras, en compagnie du luthiste attitré d'Hespérion XXI, le talentueux Rolf Lislevand, requis ici à la guitare baroque.

Mais le souvenir de l'orage cataclysmique de la veille avait incité au repli dans une des annexes du château, une grange aux proportions de cathédrale, opportunément transformée en salle de concert (depuis 1941, le château est la propriété de l'Intercommunale des Eaux de Bruxelles qui y a réalisé un travail exemplaire d'aménagement et de restauration); c'est donc sous l'immense charpente, chef-d'oeuvre de compagnons bâtisseurs, et devant une salle comble que la frêle Montserrat et son double mètre du Nord donnèrent leur concert. Un concert ouvrant les Balades musicales européennes (cycle inscrit au coeur de l'Été mosan) qui se déroulent cette année sur le thème de l'Espagne (quoique la chanteuse soit catalane).

Présence, beauté, sens de la scène, Montserrat Figueras - madame Savall à la ville - en dispose pleinement, ainsi qu'un art très personnel de l'ornementation et cette façon, qui fit son succès, de jouer sur la sensualité de la voix pour affirmer un style baroque spécifiquement ibérique.

Climat prudent et lisse

Pourtant, le concert ne nous a pas convaincu: choix de répertoire trop prudents, établis selon des tessitures et une écriture appartenant plus à la chanson qu'au chant, manque d'engagement et, plus globalement, maintien d'un climat aimable et lisse, sans risque et sans passion, sauf peut-être dans les savoureuses séguedilles de Fernando Sor (1778-1839) mais là, ce furent les limites techniques de la chanteuse qui empêchèrent le décollage. La séduction d'une voix ne fait pas office de substance musicale ou poétique (d'autant qu'à Modave, le public ne disposait pas des textes chantés) et, pour opérer son charme, la plus séduisante des mélodies demande encore, outre la fameuse `rhétorique´ ici délaissée, la marque d'un véritable travail d'interprétation. Ce que mit en évidence Rolf Lislevand dans des pièces solos de Gaspar Sanz, ou des mêmes Luys Milan, Alonso Mudarra, Luis de Narvaez (tous des XVIe et XVIIe siècles) qui signaient les oeuvres vocales, et où l'on sentit soudain le souffle puissant de l'inspiration. Le public ne s'y est pas trompé.

Le prochain concert du festival de l'Eté mosan aura lieu à Celles, le 2 août, avec l'ensemble la Battalla et ses invités, une théorie de musiciens jeunes et talentueux voués au répertoire baroque, parmi lesquels Tatiana Babut du Marès, Bernard Woltèche, Blai Justo. Avec Vivaldi, Telemann et Bach au programme.

© La Libre Belgique 2002


Festival de l'Été mosan. Vingt concerts du 20 juillet au 20 septembre. Rens.: 082.22.59.24 ou info@etemosan.be