Une blanchisseuse passée de l'histoire à la légende

Ph.T.

Avec ses verdeurs de langage, son intelligence, sa droiture et sa générosité, Madame Sans-gêne incarne dans la mémoire collective le génie du peuple. Ce peuple de Paris qui a cru s'être affranchi de ses maîtres avec la prise de la Bastille en 1789, pour en retrouver d'autres à la faveur de l'Empire puis de la Restauration.

Cent ans après la Révolution française, les auteurs à succès Victorien Sardou et Émile Moreau s'emparaient du destin de la blanchisseuse qui fut la Maréchale Lefebvre, duchesse de Dantzig, tancée par Napoléon pour ses manières et son franc- parler.

Née Catherine Hübscher, alsacienne, venue s'établir à Paris comme blanchisseuse, rue Poissonnière, elle y épousa en 1785 le sergent Lefebvre son `pays´, mariage d'amour, mariage heureux, quatorze enfants (mais elle les perdit tous).

Elle se distingua par une fidélité sans faille à son mari et à... Napoléon. Après la chute de l'Empire, elle refusa de paraître en public, disant avec humeur: `J'allais aux Tuileries quand c'était chez nous, maintenant que c'est chez eux, je ne m'y sentirais plus chez moi.´

Le succès de la pièce ne s'est jamais vraiment démenti. Tout récemment encore, Clémentine Célarié était nommée aux Molière pour son incarnation du personnage au Théâtre Antoine, dans une mise en scène d'Alain Sachs.

Au cinéma, la pièce a connu une fortune certaine. Dès 1909, le Danois Viggo Larsen en donnait une version filmée. À l'écran, le personnage a eu notamment les traits de la grande comédienne Réjane (1911, réalisation André Calmettes), de Gloria Swanson (1925, Léonce Perret), d'Arletty (1941, Roger Richebé), de Sophia Loren (1961, Christian-Jaque), etc.

Au Théâtre des Galeries de Bruxelles, Christiane Lenain porta haut ses couleurs. Les costumes du spectacle de l'Astoria provenant des Galeries, Claudie Rion portera sa robe. `Il y a encore l'étiquette avec son prénom, j'ose à peine l'enfiler et, en même temps, elle me donne de la force´, dit la comédienne en cachant difficilement son émotion.

© La Libre Belgique 2002