La recette «pop fraîche» d'Austin Lace

C ome on, come on come on», «Say goodbye», «Accidentally yours». A la première écoute, on se surprend à se dandiner et taper du pied; à la seconde, à fredonner ces mélodies joyeuses - pas si loin des Beach Boys, des Beatles, voire de Beck ou Supergrass.

SOPHIE LEBRUN

RENCONTRE

C ome on, come on come on», «Say goodbye», «Accidentally yours». A la première écoute, on se surprend à se dandiner et taper du pied; à la seconde, à fredonner ces mélodies joyeuses - pas si loin des Beach Boys, des Beatles, voire de Beck ou Supergrass. Auteurs de ce piège: cinq jeunes (25 ans de moyenne) Belges sévissant sous le nom d'Austin Lace. Un groupe né à Nivelles en 1997. On a pu les voir dans quelques festivals cet été, et ils tournet, cet automne, avec les Girls in Hawaii, Sharko, St Thomas et JohnWayneShotMe, en France en Belgique et aux Pays-Bas. «On n'a pas encore les épaules pour tenir une tête d'affiche, mais c'est évidemment l'objectif. On met à profit cette tournée pour trouver le son du groupe», confessent modestement Fabrice Detry, chanteur, guitariste, meneur (et par ailleurs prof de néerlandais) et Fred Stiens, batteur, choriste (et comptable le jour).

«Easy to cook» est leur second album. En 2000 sortait «Commodore Pace», qui n'a pas crevé les plafonds et que le groupe considère, après coup, comme «un premier jet: trop scolaire. On n'a eu que 20 jours pour l'enregistrer. Il y a eu pas mal de critiques; ça nous a aussi aidés à ne pas refaire les mêmes erreurs», dit Fred. «Easy to cook, on l'a enregistré nous-mêmes et on a pris le temps: un an et demi. Beaucoup trop!, note Fabrice. C'est un piège de pouvoir recommencer autant de fois que tu veux: tu deviens prisonnier du morceau, de ce qu'il pourrait être». Le groupe a peaufiné les mixages, en exploitant l'une ou l'autre idée soufflée par quelque confrère: Papas fritas, Lovely cowboy orchestra, JohnWayneShotMe...

Doux et amer à la fois

Fraîche, légère, insouciante, joyeuse, sautillante: le public et la critique décrivent la pop d'Austin Lace comme une brise printanière.

«C'est l'impression première que dégage l'album. On ne l'avait pas vu comme ça à ce point, mais tant mieux si on dénote par le style: c'est un rayon qu'exploitent peu de groupes belges», note Fabrice, qui confesse que certaines de ces mélodies «obsessionnelles» l'ont empêché de dormir. Cela dit, il y a place pour la nuance, entre «Say goodbye» «où la mélodie prime, côté gros rock américain, à la Weezer» et d'autres chansons où les ambiances vocales plus subtiles sèment le doute.

Le texte lui-même se démarque souvent de la musique. «On a un côté très joyeux en nous mais les mots reflètent des situations négatives, les claques qu'on s'est prises pendant ces trois ans, depuis le premier album», explique Fabrice. Qui dit écrire en se basant sur «l'amitié qui nous unit. Un groupe, c'est presque un couple.»

On les compare aux Beach Boys? Ils sont flattés. «On garde une naïveté, une certaine insouciance par rapport à la vie. C'est un peu l'état d'esprit dans lequel ils semblaient être à l'époque, un côté rêveur et aérien.»

Mais gare, «on est sur le fil du rasoir: tu peux vite être taxé de niais, gentillet». Pour éviter de basculer du côté guimauve, Austin Lace cultive donc, côté musique aussi, la distanciation, le second degré. «Certaines mélodies sont trop calculées pour être gentillettes, elles sont faussement simples». Et ponctuées de sons, électro ou non. «Au sein d'un morceau, on renverse la vapeur, il y a des breaks. Dans «Telepheric love», des voix chantent «love, love»... d'une telle façon que cela crée un sentiment de malaise.»

Même dualité dans le visuel: des photos sombres - «des gens qui se quittent» - sur le CD, contrebalancées par des fleurs psychédéliques, qui habillent aussi la scène, résolument joyeuse. «On veut communiquer. On ne va pas jouer cette musique en tirant la gueule, comme certains groupes anglais des années 90! Si je ne parle pas avec 10 personnes après le concert, je me sens mal, confie Fabrice. A la limite, tu peux jouer comme une clenche, du moment que tu as communiqué, donné de la bonne humeur, le public va entendre le bon côté des morceaux, pas les plantages.» «Plus il est réceptif, mieux on joue» poursuit Fred.

Sur la vague belge

Austin Lace en a conscience: il est porté par la vague positive du rock wallon.

«Quand on est arrivé sur la scène du Cirque royal- avant Sharko et Soldout pour la Nuit du Soir -, on s'est rendu compte que la moitié du boulot était fait: le public est très réceptif, fier de son patrimoine musical, curieux, prêt à découvrir les groupes belges».

Sur www.austinlace.com, en guise de présentation, chaque membre livre sa recette favorite. «C'est ça, Easy to cook: on se donne à vous, on est facile à cuire, à percer.» Temps de préparation de la tarte au chocolat de Lionel? «La durée de l'album».

Austin Lace, «Easy to cook» (62TV Records - Bang!).

© La Libre Belgique 2004