Toutes les voix mènent à Oi Va Voi

Oi Va Voi est de retour, trois ans après le vibrant album "Laughter Through Tears" : c'est déjà, en soi, une (bonne) nouvelle. Le groupe londonien sort un second opus lumineux, cosmopolite, puisant dans ses racines est-européennes. A l'AB (Club) ce samedi 26 et à Werchter le 29 juin.

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© V2
SOPHIE LEBRUN

Oi Va Voi est de retour, trois ans après le vibrant album "Laughter Through Tears" : c'est déjà, en soi, une (bonne) nouvelle. Car le très attachant groupe londonien a traversé, à la charnière 2004-2005, un dense zone de perturbations : départs successifs (vers des horizons solo), de la chanteuse invitée KT Tunstall puis de la violoniste et membre fondatrice Sophie Solomon, divorce entre le groupe et son label, cancer d'un membre du groupe (qui s'en est heureusement sorti)... "Oi va voi !" ("Oh mon Dieu !" en yiddish) : l'avenir du groupe était drappé d'un épais voile d'incertitude. "On a vraiment vécu le cliché du second album difficile, ce moment où un groupe se demande, avec plus d'acuité, qui il est, ce qu'il représente" témoigne Josh Breslaw, batteur d'Oi Va Voi.

Mais le groupe a survécu à la tempête. Soutenu par des éléments neufs, dont la violoniste Haylie Ecker (du quatuor Bond) et le producteur Mike Spencer (qui a travaillé autant pour des popstars qu pour des petits projets musicaux en Afrique et au Cambodge), il a pris un nouvel envol. La preuve par ce magnifique second opus, simplement baptisé "Oi Va Voi" : comme une affirmation de soi, décomplexée ("oui : ce n'est pas un groupe juif, ni un groupe world, c'est juste Oi Va Voi"). Sa musique est, il est vrai, inclassable : un mélange de rythmes et sonorités est-européens, de klezmer, de trip hop, d'electro, de drum & bass... Ce second opus affiche des couleurs, des contrastes plus intenses. Comme le premier, il est porté par une palette de chanteurs, tantôt issus du quintet de base (voir notre photo), tantôt invités.

Le souci de l'authenticité

C'est le cas d'Alice McLaughlin, dont la voix rappelle parfois celle de Björk. Pour trouver cette perle rare, le groupe a auditionné pas moins de cent candidates, confie Josh Breslaw. "On cherchait une chanteuse aussi exceptionnelle que KT. On a rencontré de grandes artistes, mais la plupart chantaient avec une voix américaine, à la Billie Holiday, ou à la Lauryn Hill. Cela ne nous ressemble pas. Or, nous essayons de faire une musique très honnête, qui vient du coeur. Il faut être soi-même pour cela, ne pas jouer."

Afin de fortifier sa corde sensible et créative, le groupe est parti en Israël, à Tel Aviv, enregistrer une partie de l'album. "On avait besoin d'un nouvel environnement, où l'on se sentirait stimulé, où l'on travaillerait avec de nouveaux musiciens, pour donner à l'album un nouveau son. On y a rencontré d'incroyables musiciens !". Parmi ceux-ci, le percussionniste Zohar Fresco, et le Nazareth Orchestra, dont les cordes déferlent, en belles ondulations, sur la ligne de basse-batterie répétitive de "Black Sheep". "Il est important que tout ce que nous faisons soit vrai, Si on veut un grand orchestre de cordes arabes, on n'obtiendra pas ce son à Londres nous-mêmes. Même si on écrit la musique, on veut la confier à des gens qui peuvent vraiment la jouer. On ne veut pas d'un album qui fasse semblant d'être quelque chose."

Humilité, fragilité

La chanteuse folk hongroise Agi Szaloki est une autre hôte de marque de l'album. "On rêvait de travailler avec elle, c'est la reine de la musique tzigane. Une chanteuse incroyable : même si on ne comprend pas les paroles, on est touché". Elle prête sa voix céleste à "Dissident", un chant traditionnel hongrois qui parle de l'immigration, de l'exil, thème cher à Oi Va Voi. "On est Anglais, Londoniens, mais quand on remonte de deux ou trois générations, nos familles sont toutes venues de pays de l'Est, et ce pour différentes raisons, le fait d'être juif notamment. Quand on a créé le groupe, on venait de genres musicaux variés (jazz, rock, hip hop...), et on s'est mis à écouter, ensemble, ces musiques de l'Europe de l'Est, klezmer, fanfares balkaniques ; on les reliai à l'histoire de nos familles. C'est devenu une source d'inspiration"

Sur "Oi Va Voi", les émotions sont exprimées avec une touchante sincérité, dans des textes qui disent que l'humanité se nourrit d'humilité, portés par de belles envolées musicales. On est happé par le tourbillon tragique de "Further, deeper" (..."we'll go falling down"), saisi par le dialogue sensible qui se noue entre la trompette et la voix de Lemez Lovas ("Look down") ou de Steve Levi ("Worry Lines").

Même quand elle se la joue fanfare aux rythmes endiablés ("Balkanik"), la musique d'Oi Va Voi a quelque chose de léger, d'aérien, et de joyeusement décalé. Le premier album était orné de papillons : le second voit briller un cosmonaute porté par des anges. Clin d'oeil à l'hommage ironique rendu à Gagarine dans "Yuri", "chanson spatiale kitsch". "A Moscou, il y a cette statue de Gagarine, massive, plaquée argent, perchée à 150 m, les muscles saillants. Là même où il a été acclamé par 5 millions de personnes, à son retour du premier vol dans l'espace. Lui qui n'était personne, il est devenu l'un des hommes les plus puissants du monde. "Yuri" parle de la célébrité, de ce qu'elle peut amener - Gagarine est mort dans des circonstances suspectes...."

Il ne reste qu'à se laisser bercer par le dernier morceau, où une narratrice espère "que vous avez aimé apprendre et chanter les chansons, et que vous avez découvert davantage votre voix, son potentiel". Extrait d'un cours de chant bulgare sur CD, explique Josh Breslaw. Oi Va Voi n'a pu résister : "La narratrice a une si belle voix, si douce...".

Oi Va Voi, "Oi Va Voi", un CD V2. En concert à l'Ancienne Belgique (AB Club) ce samedi 26 mai à 20h; à Werchter le vendr. 29 juin à 14h10.