Féfé, l’ex-retraité qui avance

Séparé depuis deux ans, le collectif Saïan Supa Crew a marqué les esprits pendant la première moitié de cette décennie finissante. Du hip-hop qui ne se prenait pas toujours au sérieux et qui évitait les poses faciles pour privilégier l’inventivité, voilà qui n’est pas nécessairement commun chez nos voisins français.

Féfé, l’ex-retraité qui avance
©UNIVERSAL

Séparé depuis deux ans, le collectif Saïan Supa Crew a marqué les esprits pendant la première moitié de cette décennie finissante. Du hip-hop qui ne se prenait pas toujours au sérieux et qui évitait les poses faciles pour privilégier l’inventivité, voilà qui n’est pas nécessairement commun chez nos voisins français. Au sein du "crew", Féfé n’était pas l’élément le plus en vue. Et pourtant, son premier album solo, "Jeune à la retraite" fera peut-être plus parler de lui que ceux de ses ex-collègues Leeroy Kesiah et Sir Samuël.

S’il y a encore quelques traces de rap dans ses compositions, Féfé a plutôt choisi la formule "guitare acoustique-voix" pour s’exprimer. Avec un bonheur inégal, il faut bien le dire : certains morceaux accrochent l’oreille, d’autres s’envolent en fumée. Par contre, l’homme s’est vraiment investi dans ce projet, il y a mis tout son cœur et cela s’entend tout au long de l’album. A travers les textes, on découvre également une personnalité attachante, à découvrir sur scène, dès ce samedi, lors de la soirée d’anniversaire du festival Couleur Café.

Venir du Saïan Supa Crew, c’est une belle carte de visite. C’est un poids aussi ?

Oui, bien sûr. Par exemple, je viens d’une interview en radio où le mec n’a fait que parler du Saïan et des morceaux qui lui plaisaient. J’ai cru que j’étais remonté de dix ans dans le temps. Mais je n’oublie pas le positif, notamment qu’être passé par ce groupe donne une image d’ouverture et incite certaines personnes à m’écouter.

C’était un des objectifs de l’album : montrer que vous aviez une existence artistique propre ?

Non, pas du tout. Par contre, je voulais absolument montrer ce qu’est mon univers musical personnel. Je ne voulais pas faire du sous-Saïan comme d’autres l’ont fait. Pour autant, l’album n’est pas une réaction à cela non plus. Je voulais juste faire ce que j’avais en tête à ce moment-là.

La transition du rap au chant a-t-elle été facile ?

Physiquement oui mais dans la tête, c’est moins évident. Ecrire un rap et une chanson, c’est super différent. Ce n’est pas la même écriture, le mot est plus précieux. Le rap est plus spontané, c’est un autre rapport à la rythmique aussi.

Justement, comment pensez-vous que les rappeurs vont accueillir ce changement ?

Actuellement, il n’y a rien de mieux pour se faire battre (rires). Mais il faut faire avancer le truc. Aujourd’hui, on se fera peut-être cracher dessus mais demain, cela paraîtra banal. Enfin, je l’espère. Quand on est arrivé avec "Angela" (le gros tube de Saïan Supa Crew, Ndlr), une chanson zouk, on s’est fait descendre par le milieu et aujourd’hui, apparemment, le groupe manque à beaucoup de personnes. C’est juste une question de temps.

Comment vous êtes-vous retrouvé à travailler avec un producteur aussi coté que Dan The Automator ?

C’est mon directeur artistique qui en a eu l’idée. Je n’étais pas du tout chaud au début, je craignais qu’il veuille faire un truc trop bizarre. Mais on s’est bien entendus finalement, il m’a beaucoup fait évoluer. Nous sommes deux perfectionnistes et, en plus, nous sommes têtus, donc nous avons eu pas mal de discussions. Mais c’était marrant.

Il y a eu un décalage culturel à surmonter ?

Le seul point où on a dû trouver un terrain d’entente, c’est que, en chanson française, le texte prime sur la musique.

Je comprenais son point de vue parce que j’ai une culture anglo-saxonne qui fait que, pour moi, la musicalité est très importante. Mais j’avais fait des efforts de fou pour être plus intelligible donc je voulais que cela serve à quelque chose.

L’album commence par l’amusant “Jeune à la retraite”. C’est un constat que vous avez dû vous poser à un moment ?

Bien sûr, le constat que je ne pouvais plus continuer à m’exprimer ou vivre comme un ado a été un déclencheur. Cela a commencé à la sortie d’un concert quand un gars m’a dit "Féfé à l’ancienne". Ce qui veut dire que t’es daté. Pour un rappeur ça veut dire que c’est fini. Donc, je l’ai un peu mal pris avant de me rendre compte qu’il avait raison : "Angela", c’était il y a dix ans, il fallait que j’avance.

Dans vos textes, vous dévoilez pas mal de choses sur votre vie amoureuse ou sur les coups que vous donnait votre père. Vous ressentiez le besoin de vous mettre à nu ?

C’est mon premier album et je voulais dire qui j’étais vraiment. Je suis très pudique mais, bizarrement, j’ai découvert que plus tu es personnel, plus tu vas pouvoir mettre les bons mots sur des histoires que d’autres ont également vécues. La première fois que j’ai chanté "Etre père" en studio, un gars qui était venu m’écouter pleurait et m’a dit : "Tu viens de raconter mon histoire".


Féfé, "Jeune à la retraite" (Universal). Le 5/12 à "Couleur Café 20 years - The party" à Tour et Taxis. Infos : www.couleurcafe.be/zeparty09/