De Palmas face à lui-même pour "Sortir"

Cinq ans après "Un homme sans racines", Gérald De Palmas revient avec "Sortir". Un album pour lequel l’auteur-compositeur-interprète français a voulu, en solitaire, redessiner, élargir les contours de son univers musical.

Sophie Lebrun
De Palmas face à lui-même pour "Sortir"
©Devoghel

Cinq ans après "Un homme sans racines", Gérald De Palmas revient avec "Sortir". Un album pour lequel l’auteur-compositeur-interprète français a voulu, en solitaire, redessiner, élargir les contours de son univers musical. Résultat : des arrangements assez variés, faisant se succéder, sur fond de guitares toujours, des touches orchestrales (cordes, cuivres ) et électro, voire quelque échantillon sonore. Les textes, eux (parfois un peu "faciles"), restent dans la traduction d’introspections et de sentiments, ici et là tirés du vécu de l’artiste (sa fille "Rose", sa grand-mère qui inspira le touchant "Qui s’occupe d’elle ?"). Un univers qui adopte une autre dimension sur scène, où il (re) prend une patine chaleureuse, vive, roots, folk-rock chaloupé, à grand renfort d’excellentes guitares; où quelques textes prennent du relief, une fois introduit par De Palmas; et où celui-ci assied ses talents de chanteur et mélodiste. Le Forum de Liège (1), lundi dernier, a ainsi "vibré" au son d’un concert bien enlevé et parsemé de tubes ("Sur la route", "J’en rêve encore" ). Rencontre avec un artiste sympa, accessible, sans esbroufe.

Cinq ans, c’est long. Qu’avez-vous fait pendant tout ce temps ?

D’abord, je ne suis pas un rapide. Les trois premières années, j’ai passé beaucoup de temps à écrire et composer. Comme j’ai tout fait tout seul, ça a mis du temps. Ensuite, j’ai passé deux ans en studio - je pensais y passer six mois - à chercher à évoluer musicalement sans perdre mon identité, son côté acoustique...

Est-ce par choix ou par nécessité que vous avez tout fait tout seul ?

Par nécessité. Il est financièrement impossible de bloquer des musiciens et ingénieurs du son pendant si longtemps. Je voulais sortir du format traditionnel de la chanson pop, intégrer de nouveaux univers : des pointes d’électro, des ambiances de musique symphonique façon musique de film. Cela prend du temps.

Dans le domaine de la musique de film, qui vous inspire ?

J’adore John Barry, Bernard Herrmann, Lalo Schifrin et tous ces gars des années 70, Ennio Morricone. La musique de film évoque des images, je voulais ajouter cette dimension.

Pas plus qu’avant, vos textes, quant à eux, n’évoquent des images, des paysages ou des récits narratifs; ce sont toujours des descriptions d’émotions, de sentiments...

C’est vrai, ils sont dans la lignée de ce je faisais avant. Enfin, il y a quand même, mais en filigrane, un peu plus de vague à l’âme par rapport à la Réunion, mon île natale. Dans "Au bord de l’eau" par exemple. Ou "Un ange perdu" où je cite le sol brûlant : je me rappelle, gamin, du bitume qui fondait quand j’allais à l’école à 14h. Je puise, plus que jamais, dans mes souvenirs d’enfance. Cette nostalgie était déjà présente dans l’album "Un homme sans racine", mais c’était diffus. A présent, je n’ai plus de doute : mes racines sont là-bas, à la Réunion.

N’avez-vous pas regretté de travailler seul ? La collaboration avec d’autres musiciens signifie un enrichissement mutuel.

Si, mais c’était occasionnel. C’était une expérience, c’était sympa. Comme visiter un pays : souvent, on n’y retourne pas tout de suite. Je suis content de l’avoir fait, et je serai content de faire autrement la prochaine fois. Je suis arrivé là où je voulais aller, créer un petit univers un peu différent sans perdre le mien - changer est assez facile, ce qui est difficile, c’est de ne pas perdre son identité. C’est vrai, ça manquait parfois d’échanges et de plaisir. Mais c’était un travail sur soi particulier aussi.

L’album est riche en orchestrations. Vous avez joué vous-même tous les instruments ?

Oui, mais vous savez, avec les samplers, un ordinateur, un clavier etc, vous pouvez déclencher beaucoup de choses : des cuivres, cordes Il y a un mélange de vrais instruments samplés et d’instruments joués. J’ai joué de la basse, des guitares, des claviers, du piano électrique.

Et l’électro ? Une référence en la matière ?

Je suis un grand fan d’Amon Tobin, j’aime le côté mystérieux de sa musique, et sa puissance. Comme celle d’une musique de film de John Williams, avec en plus un côté expérimental.

Le titre “Pandora’s Box” dénote : chanté en anglais, avec Eagle-Eye Cherry, construit sur un sample d’un morceau du groupe touareg Tinariwen… Annonce-t-il une nouvelle voie dans votre travail ?

Pas du tout. J’avais juste envie de faire un truc en anglais pour m’amuser. Pour devenir vraiment un chanteur anglophone, il faut partir dans un pays anglophone, s’imprégner de sa culture. Et si je suis allé mixer cet album aux Etats-Unis, c’était pour faire du tourisme, m’oxygéner la tête.Eagle-Eye Cherry, j’avais partagé des affiches avec lui il y a dix ans, on s’était bien entendu. Je l’ai appelé, et il m’a proposé d’écrire le texte.

Les textes parlent d’un homme “incapable d’aimer”, incapable d’aider, qui trompe, ne trouve pas sa place… Ces ratés, ces faiblesses viennent-ils encore de votre vécu ?

Oui. Enfin il y a là des choses que j’ai vécues, une partie que j’ai peur de vivre, et une partie dont j’ai peur qu’elles soient inscrites en moi. Je n’ai jamais été très positif dans mes textes : je suis plus intéressé par les tourments de l’âme que par le bonheur. Il est beaucoup plus difficile d’écrire sur le bonheur. Il me semble que quelqu’un comme Cabrel est capable d’en parler. Même s’il le fait avec un peu de mélancolie

Vous dites, dans la présentation du disque, que la crise du disque vous a… libéré ?

Les pressions sont moins fortes, Les ventes de disque ont dégringolé. Quoi qu’il arrive, vous ne ferez pas des chiffres mirobolants. Je sais que je ne ferai plus jamais 1,4 million de ventes comme à l’époque de "Marcher dans le sable". Et je sais la chance que j’ai eue, c’était tellement au-delà de ce que j’imaginais Et c’était avant la crise.


(1) Il sera à Forest National le 13 mars 2010. "Sortir", un album AZ/Universal.