Antipop Consortium: 2ème chapitre

Véritable icônes du hip hop 2.0, Antipop Consortium se séparait en 2002 suite à des tensions au sein du groupe. De retour en 2007, la bande aura mis deux ans à concocter le successeur d'“Arrhythmia”. Samedi soir au Kreun a prouvé que le quatuor américain avait toujours une longueur d’avance.

Nicolas Capart
Antipop Consortium: 2ème chapitre

Si leur dernier passage à l’AB avait déçu, la prestation délivrée samedi soir au Kreun a prouvé que le quatuor américain avait toujours une longueur d’avance.

Trouver dans notre capitale un concert de hip hop digne de ce nom n'est pas chose aisée ces derniers temps. Si l'on fait abstraction des représentants belges et français du genre, tout comme des quelques rescapés vieillissants du Wu-Tang Clan et de l'éternel Snoop Dogg, force est de constater que l'horizon est plutôt dégagé. Il y a quelques années, des groupes légendaires comme Gangstarr ou Pharcyde déposaient encore de temps en temps leurs valises au Botanique. Il n'y a pas si longtemps, l'AB, elle, conviait l'étonnant duo Dan le Sac versus Scroobius Pip, mais ne lui attribuait qu'une première partie. Un acte manqué?

2009 aura, certes, été un cru plutôt pauvre en matière de hip hop. Mais entre les sorties plus ou moins heureuses des cadors de la scène – "The Ecstatic" de Mos Def, "The Blueprint III" de Jay-Z, "Born Like This" de MF Doom – le dernier opus d'Antipop Consortium, même imparfait, aura su tirer son épingle du jeu. Sept ans après le clash et les différends artistiques qui avaient provoqué la scission de la bande, et deux ans après l'annonce très attendue de leur reformation, High Priest, Sayyid et Beans mettaient donc "Fluorescent Black" à l'épreuve du difficile public belge.

Sur la scène du Kreun nouvelle formule, non loin de la gare de Courtrai (troisième location en quelques années), Thavius Beck ouvre le bal sans impressionner. Son flow, très musical, n'aura pas suffi à compenser ses bidouillages digitaux maladroits et rudimentaires. Parmi le public, on perçoit pas mal d'accents français. De Kreun est partenaire de certaines salles du nord de l'Hexagone (Le Grand Mix de Tourcoing...) et des cars amènent ici les fans de hip hop intéressés. Cqfd.

Puis les quatre d'Antipop débarquent. C'est la der des der ce soir pour Sayyid et les autres, l'ultime concert d'une série d'une petite trentaine de dates qui auront baladé APC des Etats-Unis à l'Europe. Les gars sont motivés et bien plus efficaces que la dernière fois à Bruxelles. Comme d'habitude, chaque membre a sa propre machine et le groupe alterne entre morceaux rapés et plages instrumentales à huit mains. "Dead in Motion" nous explose au visage comme au bon vieux temps en début de set. "Bubblz" suit de très près. Plus tard, on retrouve avec plaisir la froideur de "Ghost Lawns" et sa rythmique anxiogène, sûrement l'un des meilleurs moment de la soirée. Mais c'est bien sûr l'éternel "Ping Pong" (notre vidéo ci-dessous), servi en rappel, qui soulèvera le plus de cris dans la fosse.

Si, des dires de certains, le genre est en souffrance, ce hip hop-là a prouvé qu'il n'était pas mort. Les pays d'APC font de la résistance.