Zita Swoon en fête

C’est l’histoire d’un groupe qui n’en finit pas de se réinventer, et qui sait comme nul autre faire vibrer une scène et tisser un lien sensible avec son public. Celui-ci, curieux et hétéroclite, ne s’y est d’ailleurs pas trompé : les concerts de l’Ancienne Belgique, ces 9 et 10 décembre, affichent complet depuis belle lurette, et une troisième date, le 12, a été ajoutée.

Sophie Lebrun
Zita Swoon en fête
©Gauthier Bourgeois

Rencontre

C’est l’histoire d’un groupe qui n’en finit pas de se réinventer, et qui sait comme nul autre faire vibrer une scène et tisser un lien sensible avec son public. Celui-ci, curieux et hétéroclite, ne s’y est d’ailleurs pas trompé : les concerts de l’Ancienne Belgique, ces 9 et 10 décembre, affichent complet depuis belle lurette, et une troisième date, le 12, a été ajoutée. C’est là, outre à Paris et Amsterdam, que Zita Swoon fêtera, accompagné de quelques invités (Arno, Tom Barman et John Parish mercredi et jeudi, Arno et le compositeur hollandais Spinvis samedi), ses 15 ans d’existence.

"15 ans +" en fait. Le groupe anversois s’est formé dès 1989, autour de Stef Kamil Carlens et d’Aarich Jespers - tout deux autodidactes et par ailleurs plasticiens -, sous le nom de A Beatband d’abord, qui deviendra ensuite Moondog Junior, Zita Swoon enfin. On notera que la tête pensante/chantante et le batteur sont les deux seuls membres de la formation originelle encore présents dans le groupe actuel. Récemment, celui-ci a accueilli un nouveau guitariste, Simon Pleysier - Tom Pintens étant parti tracer sa voie en solo -, et un saxophoniste, Hugo Boogaerts. De quoi donner de nouvelles couleurs à un groupe qui compte encore un bassiste (Bart Van Lierde), deux voix soul (Kapinga et Eva Gysel) et un percussioniste cubain (Amel Serra Garcia).

Si, au fil de ses pérégrinations, Zita Swoon a constamment fait évoluer sa palette musicale, y ajoutant des notes folk, funk déjanté, disco, soul, world ou encore chanson française, c’est dans le blues - et les singers-songwriters américains - qu’il plonge ses racines. "Au départ, je voulais créer un groupe de blues. Pas le blues classique : je pensais à des gens qui avaient utilisé le blues pour fouler d’autres chemins, mélanger les styles", raconte Stef Kamil Carlens, fan invétéré de Dr John, Captain Beefheart, Tom Waits et Nick Cave. Pour (re)découvrir ce parcours, il faut se plonger dans le double CD (1) que publie aujourd’hui Zita Swoon. Le premier disque ("Released anthology") est un best of, essentiellement des singles. Le second ("Unreleased anthology") est une compilation d’inédits, qui fait la part belle au tout début de l’aventure, de 1990 à 1993, avec quelques perles brutes et sombres. "Il y a eu une longue période de découverte, de recherche, d’apprentissage. C’est seulement depuis 2003 que j’ai l’impression de connaître mon métier, confie l’Anversois, 39 ans. Depuis, je me pose moins de questions, je sais, quand je commence quelque chose, que je vais y arriver".

Sur sa route, Zita Swoon n’a cessé de jeter des ponts. "Quelqu’un nous a un jour décrit comme des nomades culturels. J’aime cette image. On ne s’est jamais senti limité ni à un genre, ni à une discipline artistique". Zita a ainsi fait des détours par le cinéma (composant une B.O. pour le film muet "Sunrise" de Murnau), le théâtre (notamment pour "Carmen" mis en scène par Ivo Van Hove) ou encore la danse (avec les Ballets C de la B ).

Il faudra entrer dans la danse, précisément, pour voir Zita Swoon sur scène en 2010. Le groupe en tant que tel arrête les concerts pendant deux ans, mais il tournera encore, au printemps, avec la création évolutive "Dancing with the sound hobbyist" née de la rencontre entre Zita Swoon et la compagnie Rosas. Un fascinant dialogue entre le mouvement et le son.

Outre la danse, Stef Kamil Carlens met à profit cette "pause" pour s’aventurer sur deux autres voies. L’Afrique d’abord. "Je pars - une première fois - en janvier, au Mali et surtout au Burkina Faso, à l’invitation du Zuiderpershuis (cf. ci-contre), annonce-t-il, enthousiaste . J’ignore encore à quelle création aboutira ce projet. Je vais rencontrer des artistes. Dans un premier temps, je veux travailler avec des voix". Au Mali, rendez-vous est déjà pris avec Rokia Traore. "Ce qu’elle fait est magique, j’aime la musicalité de sa voix, la facilité avec laquelle elle voyage dans les mélodies, le côté zen et en même temps groovy de sa musique" admire Stef Kamil Carlens.

Troisième voie qu’il compte explorer dans les deux ans : "le Zita Swoon Orchestra : un projet de musique instrumentale" qui conviera de nouveaux musiciens et instruments "dont une clarinette et un violon en tout cas".

Qui a parlé de "pause" ?

(1) "To play, to dream, to drift : an anthology", un double CD (agrémenté d’un livret de photos) Chikaree/Bang !

Il reste quelques places pour le concert du 12 déc. (www.abconcerts.be).