Miles Davis sous tous les angles

L’on ne devient pas une star rien qu’en étant grand musicien. Cela se saurait. L’image a bien sûr beaucoup à voir et, photogénique en diable, Miles Davis a toujours soigné sa présentation.

Dominique Simonet
Miles Davis sous tous les angles
©D.R.

L’on ne devient pas une star rien qu’en étant grand musicien. Cela se saurait. L’image a bien sûr beaucoup à voir et, photogénique en diable, Miles Davis a toujours soigné sa présentation. Sa production phonographique ayant coïncidé avec l’heure de gloire du disque vinyle microsillon, c’est sur de belles pochettes cartonnées de 30x30 cm que s’est étalée, pendant quasi ses 45 ans de carrière, l’image de Miles.

Là non plus, les choses n’ont pas commencé chez Columbia. Déjà à l’époque Blue Note et Prestige, des photos très stylées imposaient un personnage dans toute sa magnificence, soulignée par un clair-obscur que l’on retrouvera par la suite. L’étalement des 52 couvertures du coffret Columbia (voir pages précédentes), miniaturisation à l’identique, à la japonaise, des pochettes originales, est d’un effet saisissant. Passionnant voyage dans plus de quatre décennies de graphisme, ces petits cartons suivent quelques constantes.

Miles Davis y est toujours présenté entre ombre et lumière, souvent dans une attitude méditative, voire inquiète ou, sur la fin, menaçante (“Decoy”). Jamais souriant, sauf sur “Miles Smiles”… On le voit peu jouer de la trompette, avec une exception notable pour le “Tribute to Jack Johnson” (ci-dessous). Cette attitude familière du trompettiste, comme projeté en arrière par un phénomène d’action (son souffle) / réaction, avait déjà donné lieu à une stylisation sous forme de logo, présent en ombre sur “Sketches of Spain”.

Mais l’art consiste aussi à ne pas se mettre en scène. A sa place, Miles Davis a souvent montré ses femmes, toutes d’une beauté digne de la sienne. Trônant en grand sur “Someday my Prince will come”, Frances Taylor est en retrait sur “At the Blackhawk” et revient sur “E.S.P.” Miles la regarde alors d’un œil circonspect, leur histoire touche à sa fin. En 1967, le beau profil de “Sorcerer” est l’actrice Cicely Tyson, à laquelle succédera, dans les bras de Miles, la tout aussi belle Betty Mabry, 23 ans, illuminant “Filles de Kilimanjaro”.

Enfin, l’iconographie davisienne ne pouvait échapper aux dessinateurs. L’art afro de “Big Fun” et surtout “On the Corner” est celui de Corky McCoy. La peinture plus psychédélique de “Bitches Brew” (ci-dessus) est, comme celle de “Live/Evil”, l’œuvre du peintre Mati Klarwein, auquel on doit de nombreuses pochettes, notamment celle d’“Abraxas”, de Santana. Airs de Miles, air du temps.