Lena Horne, chanteuse et militante

Elle s’était bien sûr fait discrète ces dernières années, mais avait bénéficié d’un formidable retour en grâce fin des années nonante, en signant trois disques pour l’étiquette Blue Note. Lena Horne avait alors 80 ans. Disparue le 9 mai à l’âge de 92 ans, elle a marqué le paysage musical américain, mais aussi celui de la lutte pour les droits civiques.

Dominique Simonet
Lena Horne, chanteuse et militante
©AP

Elle s’était bien sûr fait discrète ces dernières années, mais avait bénéficié d’un formidable retour en grâce fin des années nonante, en signant trois disques pour l’étiquette Blue Note. Lena Horne avait alors 80 ans. Disparue le 9 mai à l’âge de 92 ans, elle a marqué le paysage musical américain, mais aussi celui de la lutte pour les droits civiques. Durant sa carrière, d’une longévité exceptionnelle, elle a subi tous les affres de la ségrégation raciale, non sans prendre des positions courageuses qui lui ont valu un supplément d’ennuis.

Son exemple montre bien le côté pernicieux de cette ségrégation car, d’origine très mélangée - noire, blanche et amérindienne du côté de ses deux parents -, elle présentait une peau claire et des traits tellement fins qu’elle aurait pu, sans trop de difficultés, passer pour une "Caucasienne." Ce que Lena Horne refusa.

Par contre, elle avoua, dans les années 80, avoir épousé le chef d’orchestre juif américain Lennie Hayton en 1947 notamment dans le but de franchir les barrières raciales. Mal lui en prit. Certes, Hayton était une des baguettes réputées de la Metro-Goldwyn-Mayer, ce qui ouvrit à la chanteuse des portes de studio de musique comme de cinéma. La MGM qui tenta un temps de la faire passer pour hispanique Mais le couple "interracial" qu’ils formaient faisait, en soi, scandale, et ils se virent claquer d’autres portes à la figure.

Née Lena Mary Calhoun Horne le 30 juin 1917 à Brooklyn, elle fait partie d’une sorte de classe moyenne noire qui lui évite de grandir dans les ghettos de l’époque. Une certaine éducation lui est accessible, et surtout une conscientisation. Elle grandit, en effet, dans la famille de son père, avec un grand-père enseignant et journaliste, une grand-mère militante pour les droits civiques, membre de la National Association for the Advancement of Coloured People (NAACP). Une jeunesse ballottée, des parents séparés, la Grande Dépression n’empêchent pas la jeune fille d’obtenir, à 16 ans, un contrat de choriste au Cotton Club de Harlem. Le pied à l’étrier. Elle chanta avec les chefs d’orchestre Noble Sissle avant-guerre et Charlie Barnet, musicien blanc, puis Artie Shaw et Teddy Wilson pendant la guerre. Son activité s’étendit à la comédie musicale filmée, au music-hall, ainsi qu’à la musique de film. Sa réputation prit une tournure internationale quand elle donna, à partir de 1947, des concerts en Europe, notamment en Belgique.

Puis vint le maccarthysme, qui la mit un temps au ban de la société artistique. Elle payait là un militantisme antiségrégationniste auquel rien ne la fit renoncer. Le 28 août 1968, elle était de la Marche sur Washington avec Martin Luther King, Jr. De la musique, elle ne se retira jamais non plus. Le jazz vocal classique était depuis longtemps passé de mode lorsque, en 1981, elle monta son propre show à Broadway, "Lena Horn : the Lady and Her Music". Cela devint aussi un de ces beaux albums en public dont elle avait le secret. Et, en 2000, elle était encore au côté de Simon Rattle, pour enregistrer trois chansons de son ami Billy Strayhorn, dans le cadre d’un hommage à Edward Kennedy "Duke" Ellington.