Initials B.B., comme Benjamin Biolay

Mais qui êtes-vous donc, Benjamin Biolay ? Ce double DVD apporte des bribes de réponses, par le concert et le portrait. Le premier a été filmé en mai dernier au Casino de Paris par Laetitia Masson, qui s’est aussi fendue du second, réalisé au cours de la tournée 2010.

Dominique Simonet
Initials B.B., comme Benjamin Biolay
©Pias

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Mais qui êtes-vous donc, Benjamin Biolay ? Ce double DVD apporte des bribes de réponses, par le concert et le portrait. Le premier a été filmé en mai dernier au Casino de Paris par Laetitia Masson, qui s’est aussi fendue du second, réalisé au cours de la tournée 2010.

Entre les deux films, la réalisatrice jette bien sûr des ponts, comme cette entrée en matière : "Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin." Dans la bouche de Michel Aumont, ces mots frémissants de Rainer Maria Rilke donnent le ton au concert comme au portrait.

"Si tu suis mon regard" est ce concert filmé dans la force de la lumière et le jeu de contre-jour, dans les splendeurs et les faiblesses musicales. 2010 est l’année du succès personnel pour Biolay: l’album "La Superbe" est salué à la fois par les Victoires de la musique et le public. Alors il y va franco, l’Initials B.B., dont le rapprochement avec Gainsourg Serge n’est pas neuf, certes, mais toujours d’actualité. L’originalité des arrangements, avec harpiste aux doigts de dentelière et claviériste jouant du poing avec une version moderne des Ondes Martenot. A la basse, notre compatriote Nicolas Fizsman assure avec son flegme habituel. Reste la question de la voix, qui se perd un peu dans les tourbillons rock, mais se retrouve, intégralement sensible, devant un piano presque solo comme "Mon héritage". Presque solo car l’autre voix est faite d’ondes... Beau concert en définitive où, à côté de celle de Gaingain, s’étend un peu l’ombre de Léo Ferré.

En cours de route, le musicien chanteur dit aimer le contact avec le public. On le croit, mais ce n’est pas facile car il ne communique point trop... Explications dans le portrait intitulé "Dans ta bouche". Ainsi se définit-il : "J’écris des chansons, je sais pas... Plutôt nocturne, oui, et pas très bavard. Très timide, très timide, très sentimental, très émotif et tout." A lui attribués, ces mots sont cependant dits par une voix féminine.

Telle est l’option choisie par Laetitia Masson, qui peuple son film de présences poétiques: Rose Kennedy, Jack Kerouac dont sont lus des extraits du livre "On the Road", Claude Nougaro ("Nougayork", "Je suis sous"), les Beatles ("Two of Us", "For You Blue", "Something" fredonnés dans une loge), les Rolling Stones (quelques accords de "Brown Sugar" lors d’une balance son), Henri Salvador, dont Benjamin Biolay a assuré le retour, avec Keren Ann Zeidel ("Jardin d’hiver"), mais aussi "Syracuse". Les présences féminines ne sont pas en reste : Aurore Clément, Roxane Mesquida, Coralie Clément (la sœur), Jeanne Cherhal.

Pour tisser la trame de son portrait, Laetitia Masson croise deux fils, la chronologie d’une vie commencée un 20 janvier 1973 à Villefranche-sur-Saône, et le suivi de la tournée 2010. La vie n’est-elle qu’une tournée ? Peut-être, mais alors qu’elle soit générale ! Une double présence se mêle à cette trame : la jeune femme et l’enfant. En commun, ils ont le chapeau de paille façon western, avec une étoile de shérif pour le gamin, l’incarnation du rêve d’enfant. Quel enfant était-il, d’ailleurs ? "Réservé plus que timide, mais très solitaire et dans mon coin un petit peu. Oui, rebelle forcément, ça va avec, avec tout ce qui se passe."

L’enfant-phare, comme dit Nougaro. A celle de Villefranche, il manquait un tubiste, alors le jeune Benjamin s’y mit, puis il emboucha le trombone et empocha deux prix de conservatoire. La musique est le dernier élément de cet écheveau, le plus fondamental peut-être, celui dont Laetitia Masson habille son portrait. Les chansons collent étrangement à la réalité, même fantasmée. Portrait évidemment sensible, qui aurait pu être un peu plus rythmé, plus ramassé aussi, mais dans lequel il est bon de s’immerger comme dans la poésie. Tout cela "Pour écrire un seul vers..." Oui, mais le plus beau.


"Si tu suis mon regard"/"Dans ta bouche", Benjamin Biolay, réalisation Laetitia Masson, 1 double DVD Naïve/PiaS.