Abd Al Malik, moins acoustique

Légèrement, disons très légèrement, en deçà de nos espérances, Abd Al Malik a quasiment entamé sa tournée à l’Ancienne Belgique où, loin du printemps arabe, il a prôné une Belgique unie.

L.B.
Abd Al Malik, moins acoustique
©Christophe Bortels

Légèrement, disons très légèrement, en deçà de nos espérances, Abd Al Malik a quasiment entamé sa tournée à l’Ancienne Belgique où, loin du printemps arabe, il a prôné une Belgique unie. Des mots qui, en ce lieu mythique et hors contexte politique, prennent une autre dimension et montrent que parfois le monde se préoccupe de l’instabilité de notre petit royaume. Question mots, pour sûr, il en connaît un brin, le célèbre rappeur, slameur, compositeur féru de déconstruction à l’instar des philosophes qui ont nourri son cursus.

Sorti de l’ombre avec l’album "Gibraltar" en 2006, remarqué par son sérieux et son interprétation de "Ces gens-là" de Jacques Brel, auquel il voue une grande admiration, Régis Fayette-Mikano, de son vrai nom, n’est pas un rappeur comme les autres et était très ému d’entendre le public clairsemé de l’AB lui souhaiter en chœur et en chanson un "Joyeux anniversaire". Trente-six ans déjà et toujours des airs de grand enfant, un sourire ravageur et un don de l’introspection cultivé par l’islam soufi auquel, adolescent, il s’est converti. Un vrai personnage donc et l’on s’étonne encore que l’AB n’ait pas fait salle comble mardi soir.

Venu présenter son nouvel album, "Château rouge", dédié à son grand-père disparu, l’enfant de Brazza et de la banlieue invitait le public à un voyage, notamment musical, allant du slam et du jazz à la rumba rock congolaise et à l’electro. Très au point, le concert d’Abd Al Malik avait de quoi ravir les amoureux du rythme, des sons, de la belle et vraie musique, laquelle était au rendez-vous. Au détriment parfois des paroles du chanteur, d’habitude plus acoustique. Et c’est en ces instants que l’artiste a semblé manquer d’allant pour vraiment passer la rampe.

Cette réserve exceptée, Abd Al Malik, fidèle à lui-même, a livré une prestation hyper pro, sérieux comme il se doit lorsqu’il raconte ou mime le jeune Noir de "Gibraltar", le "Soldat de plomb" et l’héroïne trop tôt injectée dans les veines des "soldatesses". Plus vif, enfin, au son de la rumba et de la joie feinte pour "Ma Jolie", trop et mal aimée, avec ses lunettes noires sur le nez. Belle diversité.


En concert au Festival Un Soir Autour du Monde le 30 avril.