Sous le soleil ? Exactement

On a beau dire, faire comme si, mais le soleil, ça change tout. Dimanche, il a inondé Couleur Café alors que les deux premiers jours s’étaient déroulés sous un ciel si gris que le canal voisin ruminait des idées noires.

Dominique Simonet
Sous le soleil ? Exactement
©Aurore Belot

On a beau dire, faire comme si, mais le soleil, ça change tout. Dimanche, il a inondé Couleur Café alors que les deux premiers jours s’étaient déroulés sous un ciel si gris que le canal voisin ruminait des idées noires. Avec le soleil, tout s’allège, vêtements qui se réduisent à moins que rien, esprits qui vagabondent et se mettent à battre la campagne Au cœur de la ville, il faut le faire.

C’est donc sous un cagnard du feu de dieu que Keny Arkana a pris le micro, sur les traces d’IAM vendredi. Marseillaise, Marseillais, même combat. "Camarade, fils du vent, fils de l’horizon, Va ou ton cœur te porte et ta vie te donnera raison" dit-elle dans "Ils ont peur de la liberté". A se demander si, en France, le hip-hop n’est pas en train de prendre le relais d’une chanson trop souvent indigente et nombriliste. Keny Arkana flirte elle-même avec la chanson, en servant un hip-hop très musical. "On fait tous partie de la solution", clame-t-elle dans "Réveillez-vous", son "Indignez-vous" à elle. En retour, le public lui vote une belle ferveur. Et quand elle interprète "Je me barre", il faut prendre au mot cette fille de parole.

Pour saluer le projet Congotronix vs Rockers, le soleil s’infiltre sous un chapiteau qui aurait pu être mieux achalandé. Trop sophistiqué pour un festival où l’on semble venir chercher l’ambiance avant tout ? Après quelques minutes de mise en place, la vingtaine de musiciens de tous bords trouve la voie en bonne intelligence. Pop ? Trad ? Afro-urbain ? Désolé, les murs sont tombés. Si la réussite du projet est une question d’équilibre, et si l’enjeu est la beauté, alors banco. Viva Congotronix vs Rockers.

Irma est, elle aussi, saluée par le soleil partant faire dodo. Elle le vaut bien, la lumineuse Camerounaise à la guitare acoustique. C’est fou comme ça peut aller vite, tout de même. Vous sortez un disque - "Letter to the Lord" - fin février et, quatre mois plus tard, des centaines de gens chantent "I know I know I know" avec vous. Soul, blues, funk - merci au bassiste pour son slap -, gospel, sainte quaternité noire : Irma Pany n’invente peut-être rien stricto sensu, mais elle est une belle personne avec le groove inné.

Histoire de ne pas se faire mal, la nuit tombe doucement. C’est le moment où des yeux de braise vous transfigurent Et puis, c’est curieux tout de même, cette odeur d’herbe tenace sur un site où il n’y a que pavés et caillasses À propos de persistance et d’herbacées, une rumeur parlait de déménagement de Couleur Café sur le site du parc d’Osseghem et son théâtre de verdure, au pied de l’Atomium. Rien n’est fait, dit-on du côté de l’organisation d’un festival menacé par la construction d’une tour en plein site par l’IBGE, oui, l’Institut bruxellois de gestion de l’environnement. Le maintien de Couleur Café à Tour et Taxis dépendrait de l’avancement de ce chantier. Réunion entre les intervenants en septembre et, comme dit Patrick Wallens, "nous, par précaution, on travaille sur un plan B." Décidément, tout le monde a le sien.

Dans la nuit noire, Seal mouille sa chemise blanche. Le Britannique ratisse tellement large qu’il flirte outrageusement avec la variété, mais la gent féminine raffole. Évidemment, si c’est pour s’entendre chanter "I belong to you, you belong to me "