Aucun hymne pour Elbow

Le rock raffiné et subtil d’Elbow sied-il à l’intimité relative (et à la chaleur) de Werchter ? Réponse samedi sur le coup de 18h, même si les cinq Anglais n’en sont pas à leurs débuts dans la plaine festivalière.

Nicolas Blanmont
Aucun hymne pour Elbow
©D.R.

Entretien

Le rock raffiné et subtil d’Elbow sied-il à l’intimité relative (et à la chaleur) de Werchter ? Réponse samedi sur le coup de 18h, même si les cinq Anglais n’en sont pas à leurs débuts dans la plaine festivalière. Hors un mémorable showcase donné début mai dans un studio de la VRT devant une centaine d’heureux élus, ce sera leur première apparition chez nous depuis la sortie de "Build a rocket boy !", leur cinquième album. Après que, Mercury Prize aidant (le prix du meilleur album de l’année, attribué par les "professionnels de la profession" et qui leur a valu d’en écouler 600 000 exemplaires rien qu’au Royaume-Uni), "The Seldom Seen Kid" (2008) leur eut enfin donné la reconnaissance qu’ils méritaient de longue date.

"Le Mercury Prize a eu de l’influence, mais pas comme on pourrait s’y attendre", explique Guy Garvey, fondateur et charismatique chanteur du groupe : "Au risque de paraître arrogant, nous sommes restés assez calmes. Pendant 24 heures, il y a eu l’ivresse d’être un groupe à succès, nous écoutions des centaines de messages de félicitations sur nos messageries téléphoniques, il y avait même une sorte d’unanimité dans les journaux autour de ce prix qu’on disait mérité. En rentrant chez nous, nous avons ramené le trophée au pub, il y avait plein de gens que nous ne connaissions même pas, mais tout le monde a hurlé et fait la fête. Puis, le lendemain, j’ai été le porter à la mère de Brian, l’ami auquel était dédié "The Seldom Seen Kid", et elle l’a rangé. Et nous nous sommes dit : "Bon, et maintenant, quoi ?" Alors, finalement, ce prix nous a rendu très heureux et nous a donné plus de confiance en nous, mais il n’a pas changé l’essentiel : nous réussissons depuis dix ans à vivre de notre musique, et à en faire vivre nos familles, il y a forcément des moments plus critiques - comme quand nous avons perdu notre précédent contrat discographique ou que nous ne parvenons pas à terminer un album - mais, pour l’essentiel, ça roule plutôt bien et c’est ce que nous voulons continuer à faire."

Après plus de deux ans de tournée, la gestation du nouvel album s’est passée plutôt rapidement. La sérénité et l’intelligence que respire la musique d’Elbow sont bien celles de ses membres : "Quand nous nous sommes retrouvés en studio, nous avons eu une brève discussion. J’ai dit : "Nous n’allons pas essayer d’écrire douze hymnes à hurler dans les stades, n’est-ce pas ?" Et tout le monde a dit "non !". Puis, j’ai demandé : "Est-ce que nous voulons faire quelque chose de délibérément inaccessible ?" Et tout le monde a dit "Non". Donc, nous avons continué de travailler comme nous travaillions jusque-là, en nous interrogeant chaque fois que nous arrivons à un carrefour musical et en nous demandant: "Qu’avons-nous envie d’entendre ensuite ?"."

Quand on demande à Garvey - chanteur, mais également producteur d’émissions radiophoniques - s’il partage l’opinion selon laquelle les bons albums sont courts, il opine, et précise aussitôt qu’il rêverait de publier une fois par an quarante minutes de musique. Pas trop long pour un album, mais une fréquence nettement plus élevée que celle que le groupe connaît actuellement (un album tous les trois ou quatre ans). Par contre, à la question de l’existence d’une taille maximale pour une chanson, il répond d’un gourmand "certainement pas ! !! Nous devons nous retenir pour ne pas écrire des chansons de quinze minutes !". Et de citer l’exemple de "The Birds", l’extraordinaire et atmosphérique morceau - huit minutes - qui ouvre leur dernier opus. Un morceau qui, curieusement, se retrouve également en forme abrégée à la fin de l’album, chanté cette fois par un vieil homme : "La musique influence les textes qui influencent la musique, et ainsi de suite. Pour "The Birds", la musique est venue d’abord, puis j’ai écrit ce texte à propos de la fin d’une histoire d’amour. Tout auteur de textes de chansons rêve de trouver des mots entièrement nouveaux pour dire des choses que chaque audit eur a déjà ressenties ! Dans une histoire d’amour qui se termine, la dernière rencontre, les derniers mots peuvent être les plus poignants, les plus romantiques, et la tristesse de la situation lui confère à la fois une pureté et une dimension d’absolu. J’aime les oiseaux, et le fait que, dans une série de croyances, ils représentent l’esprit, ils portent les âmes : alors, dans cette chanson, j’ai imaginé des oiseaux qui portent les baisers de ces deux personnes qui se quittent à jamais."

Werchter, samedi 2 à 18h; Arras, dimanche 3 à 18h; CD "Build a rocket, boy !" (Fiction/Universal)